Les Grands Maîtres

Historique des templiers

LES GRANDS MAÎTRES

1- HUGUES DE PAYENS (27 décembre 1118 – 24 mai 1136) :

Hugues de Payens (ou Hugo de Pains, ou Hugo de Paganis, ou Hugo de Panasis) serait né vers 1070.
Déjà le mystère commence avec lui sur l’origine de sa naissance.

Certains le disent d’origine ardéchoise, le berceau de sa famille se situerait à Langogne en Lozère, il serait originaire d’une illustre famille du Forez et il serait né au château de Saint Symphorien de Mahun en Ardèche, le 09 février 1070. Dans un manuscrit découvert au début du XIXème et conservé à la bibliothèque municipale de Carpentras, il est signalé comme étant originaire du diocèse de Viviers en Ardèche.
D’autres le disent d’origine champenoise, il serait issu du village de Payns, dont il possède le château, entre Méry-sur-Seine et à proximité de la ville de Troyes dans l’Aube, résidence coutumière des Comtes de Champagne.

De nombreux érudits se sont penchés sur la question sans jamais réussir à trancher définitivement.

En effet, au début du XIIème siècle, en l’an 1100, il sert de témoin et son seing côtoie ceux du Comte de Bar et du Comte de Ramerupt au bas de deux chartes du Comte de Champagne.
Il est l’un des fondateurs de La Milice du Temple (1118) et il est élu premier Maître de « La Milice des Pauvres Chevaliers du Christ du Temple de Salomon » par ses huit autres compagnons.

Il s’installe à Jérusalem avec ses 8 compagnons.

Le roi de Jérusalem, Baudouin II, le charge d’une ambassade auprès du pape Honorius II afin de solliciter du Saint Père une nouvelle croisade pour obtenir des secours ou du moins engager le plus grand nombre possible de guerriers chrétiens pour venir défendre Jérusalem.
A son retour en France, il reçut des dons de divers seigneurs ou personnalités régnantes.
Dans le courant de l’année 1127, Foulques, Comte d’Anjou, partagea plusieurs biens entre Geoffroy Évêque de Chartres, Geoffroy Abbé de la Trinité de Vendôme, Hugues de Payens premier Maître de « La Milice du Temple » et Pétronille de Chemille première Abbesse de Fontrevault.

Honorius II l’envoie au concile de Troyes, en 1128, où l’Ordre reçoit sa règle.
Hugues de Pays a été en outre chargé de négocier le mariage de Mélisende, fille de Baudouin II, avec Foulques d’Anjou, qui succédera à son beau-père, en 1131.
En 1128, il voyagea dans diverses provinces puisque nous le retrouvons en sa qualité de Maître dans de nombreux actes de donations à la « Milice des Pauvres Chevaliers du Temple de Jérusalem ».

Fin mai 1128, plusieurs dons furent faits dans le Poitou.

Le 13 septembre 1128, dans un acte du Roi Louis VI, Jean, Évêque de Thérouanne, fait une donation à la Milice du Temple en présence du Maître Hugues et des Frères Geoffroy et Payen de Montdidier.

Lorsque Hughes de Payens s’en retourne à Jérusalem, il est accompagné du fils Thibaut, abbé de Sainte Colombe de Troyes.

Le 29 janvier 1130, Monseigneur de Laugier, Évêque d’Avignon, donne l’église Saint Jean-Baptiste d’Avignon.

En 1131 à Noyon, un acte concernant les prébendes données aux Frères de la Milice du Temple, fut passé en présence de plusieurs Prélats et de Frère Nivard, autre nom de Payen de Montdidier, envoyé par le Maître Hugues de Payens.

Celui-ci avait dû retourner précipitamment en Terre Sainte après avoir reçu une lettre alarmante des autres Chevaliers qui n’avaient pu se déplacer pour le Concile et qui étaient dans un état de découragement inquiétant.

Sous sa direction, les chevaliers du Temple obtiennent leurs premières victoires militaires aux frontières du royaume, déjà encerclé.

De discrètes négociations naîtront entre les Templiers et la secte des Ismaéliens. Ces relations dureront quatre-vingts ans. Parallèlement, il incite Baudouin II à s’entendre avec Aboull-Fewa dit « Le Vieux de la Montagne ». Les deux souverains échangent Tyr contre Damas.

Un des derniers actes où figure Hugues de Payens date de 1134, il provient de l’évêque de Soissons et concerne la Préceptorerie de Mont-De-Soissons.

D’après les Chroniques, Hugues de Payens serait décédé le 24 mai 1136.

Ses funérailles auraient été l’occasion d’une grande parade templière à Jérusalem.

Dernier détail curieux, il aurait eu un fils clandestin, du nom de Gualdim Païs, qui serait né à Bragance et qui deviendra en 1157 Maître de la Milice du Temple au Portugal.

Blason d’Hugues de PAYENS
 payens
Croix de « La Milice du Temple » à savoir d’argent à la croix pattée de gueules.

 

-2- ROBERT DE CRAON (juin 1136 – 13 janvier 1148) :

Robert de Craon dit également Robert « Le Bourguignon » était originaire d’une illustre famille angevine.

Déjà son bisaïeul paternel, Robert, fils de Renaud 1er Comte de Nevers, portait déjà le surnom de Bourguignon. Il est le fils de Renaud, Sire de Craon, et de Dame Ennagen de Vitré.

Son père fut le fondateur de l’Abbaye de la Roë, en Anjou.

Il entre au service du Duc Guillaume IX d’Aquitaine.

Fiancé à la riche héritière de Jourdain Eskivat, seigneur de Confolens et de Chabannes, Robert céda pour des motifs inconnus sa fiancée à Guillaume de Masta.

Il rompt toute attache avec l’Occident, part pour la Palestine et entre dans la « Milice du Temple » vers 1126.

En 1132, il reparaît en Europe avec le titre de Sénéchal de la « Milice du Temple » pour venir chercher des renforts.

En 1136, il revient en France pour quérir de nouveaux secours. La même année à la mort d’Hugues de Payens, il est élu Maître du Temple.

En juin 1136, sur un acte passé en faveur de la Préceptorerie de Richerenches, Robert de Craon est cité en qualité de Maître de la « Milice du Temple ».

C’est lui le véritable législateur et le grand organisateur de la « Milice du Temple ». Il fut un combattant héroïque, un administrateur de premier plan, un planificateur hors pair et un juriste à la fois distingué et éclairé.

Son rôle fut un des plus importants à l’intérieur du Temple. Il donna à la « Milice du Temple » sa forme et sa structure.

Il comprend qu’il est indispensable d’asseoir les donations, qui sont désormais nombreuses, sur une approbation officielle.

Son influence fut grande tant sur ses Chevaliers que sur les Prélats, les Seigneurs et même les Rois. Il établit des relations amicales avec les Fatamides de Damas. Le Sultan Urru’r et son Émir Uxama vinrent à Jérusalem pour rencontrer le Grand Maître du Temple et il leurs permit d’aller prier dans la mosquée Al-Acqusa située sur le rocher.

En 1138, reconquête de Tégoa, cité du prophète Amos, mais cette conquête se terminera par un massacre des Templiers.

A Latran, le 29 mars 1139, le Pape Innocent II accorda la bulle « Om ne datum optimum » qui fut la plus importante pour la « Milice du Temple » et sur laquelle seront fondés les privilèges de l’Ordre qui :

– Soustrait la « Milice du Temple » de l’autorité Épiscopale (principalement du Patriarche de Jérusalem) pour la placer directement sous la protection du Pape.

– Permet l’élection du Maître par les Frères seuls, sans intervention extérieure.

– Renforce l’autorité du Maître sur les Frères qui lui doivent une totale obéissance.

Autorise d’avoir leurs propres prêtres.

– Garantit à ses chapelains, assurant le culte religieux, de ne pas relever des évêques.

– Exempte la « Milice du Temple » de payer des dîmes, à la grande colère du Clergé Séculier.

Le 9 février 1143, la bulle « Milites Templi » la complète en permettant aux Chapelains de l’Ordre de célébrer une messe par an, dans chaque église, pour les régions soumises à l’excommunication et aux interdits proclamés par les Évêques.

Le 7 avril 1145, la bulle « Militia Dei » élargit encore les privilèges de l’Ordre, en lui permettant d’avoir ses propres églises et ses propres cimetières.

Il fut le premier à entretenir des relations secrètes avec les Sarrasins et les princes de l’Islam.

Il est cité pour la dernière fois dans une donation faite en Navarre en 1146.

Le 24 avril 1147, le Pape Eugène III accorda aux Templiers le droit de porter en permanence le blanc manteau comme emblème d’innocence et sur l’épaule gauche au-dessus du cœur une simple croix rouge en symbole du sang versé par le Christ.

Il a collaboré, avec ses Chevaliers, à sauver du désastre la marche des Croisés sur Laodicée et Pisilia.

Après avoir presque sauvé la vie du Roi Louis VII, Guillaume de Tyr le cite en 1148 comme faisant partie des chevaliers qui se joignirent à l’armée de Louis VII.

Guillaume de Tyr atteste qu’il ne fut pas moins illustre par la pureté de ses moeurs et sa bravoure que par l’éclat de sa naissance.

Il décède début janvier 1148. L’obituaire de Reims signale sa mort le jour des ides (soit le 13) de janvier 1148 confirmé en cela par Garcia, Comte d’Aragon.

Blason de Robert de CRAONS
 craons
Écartelé au 1er et au 4ème de la croix de « La Milice du Temple », au 2ème et au 3ème losangé d’or et de gueules.

 

-3- EVRARD DES BARRES (mars 1148 – mai 1152) :

Élu Maître de « la Milice du Temple » alors qu’il était Précepteur de France depuis 1143.

Il apparaît avec ce titre, pour la première fois, dans une donation d’Achier de Paris au sujet d’un moulin situé sous le Grand Pont de la Seine.

Le Maître du Temple, écrit Odon de Deuil, un chroniqueur de l’époque, est un homme respectable par son caractère religieux et un modèle de valeur pour les chevaliers.

Il tenait tête aux Turcs avec l’aide de ses frères en veillant avec sagesse et courage à défense ce qui lui appartenait. Il protégeait aussi de tout son pouvoir et avec vigueur ce qui appartenait aux autres.

C’est sous la maîtrise d’Évrard De Barres que le roi de France Louis VII entreprend l’élaboration de la seconde croisade prêchée par Saint-Bernard en 1146 à Vézelay.

Évrard De Barres participa avec Louis VII à la deuxième Croisade en 1148.

« La Milice du Temple » y joua, encore une fois, sa vocation militaire le 6 janvier 1148 dans les gorges de Pisidie où l’armée franque subit d’importantes pertes face aux Turcs auxquels s’étaient mêlés des Byzantins.

Il sauve le roi de France vaincu par les Turcs, puis écrase ces derniers.

Après cette bataille difficile où seule la valeur du roi Louis VII permit d’éviter la défaite, le roi décida de se mettre sous la tutelle d’Évrard des Barres et des Templiers.

Les musulmans ont appris à ne plus redouter les princes d’Occident, et ils redoublent leurs attaques. La principauté d’Antioche tombe entre leurs mains. Raymond de Poitiers, qui défend la ville, est décapité.

Sa tête est envoyée comme trophée au calife de Bagdad.

L’exode de la population chrétienne de ses contrées est protégé par les Templiers, qui doivent aussi défendre Jérusalem d’un raid des Turcs qui laissent 5 000 hommes dans une bataille au bord du Jourdain.

Évrard des Barres n’y assiste pas.

Après l’achèvement lamentable de cette Croisade, Évrard De Barres raccompagna en France le roi Louis VII auquel il a accordé une avance d’argent.

C’est un précédent qui va faire école. Les Templiers, désormais, vont devenir les banquiers des rois et des princes.

Le 14 mai 1150, il tint un Chapitre Général dans la capitale de la France.

Puis il fut rappelé d’urgence en Orient par son Sénéchal, André de Montbard.

Il resta en Palestine encore deux ou trois ans, puisqu’il figure parmi les signataires d’un acte de 1152 par lequel l’Évêque de Tortose remit le château de la ville aux Templiers.

Les actes se taisent à partir de cette date.

Du Cange, dans son étude sur les familles d’Outre-mer, ne dit rien sur la fin de ce troisième Maître de « La Milice du Temple », tout comme l’obituaire de Reims.

Pourtant, nous retrouvons sa trace à l’abbaye de Clairvaux. Il a embrassé la vie monastique comme simple moine, et a envoyé son abdication en Palestine.

Il persévéra dans sa nouvelle vocation malgré les insistances de ses frères.

Il mène une vie exemplaire pendant 24 ans et meurt en odeur de sainteté le 25 novembre 1174, suivant le ménologe de cette abbaye.

Nul ne sait pourquoi « cet homme respectable par son caractère religieux et par son humilité car il veille comme ses Frères sur ses propres chevaux… » se démit de sa fonction de Maître.

Blason d’Évrard de BARRES
 barres
Écartelé au 1er et au 4ème de la croix de « La Milice du Temple », au 2ème et au 3ème d’azur au chevron d’or, accompagné de 3 coquilles de pèlerins, posé 2 et 1 du même.

-4- BERNARD DE TREMELAY (juin 1152 -16 août 1153) :

Bernard de Tramelay, ou de Tremblay, ou Dramelay, ou Dramelet est Bourguignon de naissance car il est né au château de ce même nom dans les environs de Saint-Claude, dans le Jura.

Ancien Pécepteur du Temple de Dôle, dans la Franche-Comté, il est élu en juin 1152 à la succession d’Évrard des Barres.

Il semblerait avoir succédé à un Maître appelé Hugues dont l’existence est fort douteuse et que seul Du Cange cite. Celui-ci aurait assuré l’intérim, le temps, sans doute, que le précédent Grand Maître confirme sa démission.

Baudouin III offre à l’Ordre la citadelle, en ruines, de Gaza. Suivant les chroniqueurs des Croisades, Bernard de Tramelay aurait rebâti l’église et la ville de Gaza.

Ces religieux guerriers, dit Guillaume de Tyr, qui pourtant les jalouse, sont des gens pleins de courage. Ils achevèrent de fortifier la ville de Gaza en élevant des tours et de nouveaux retranchements.

Ils en firent une place d’armes imprenable, d’où ils réprimèrent les courses de la garnison d’Ascalon et forcèrent enfin les Sarrasins à se renfermer dans leurs murailles.

Le 14 août 1153, lors de l’avant-dernier assaut, il s’élança avec quarante Templiers, et pénétra par une brèche dans les remparts dans la cité d’Ascalon que tenaient les Musulmans. Il serait mort lors de cet assaut avec tous ceux qui étaient sous ses ordres.

L’obituaire de Reims signale sa mort le 17 des calendes de septembre, soit le 16 août. Cela correspondrait aux dates des chroniques, puisqu’Ascalon tomba entre les mains de Baudouin III, le 19 août de cette même année.

La « Milice du Temple » fit rechercher son corps parmi les victimes de cette bataille, ne le trouvant pas une demande fut faite auprès des Musulmans pour savoir s’il faisait partie des prisonniers. Ceux-ci répondirent par la négative.

Ce Maître avait disparu sans laisser aucune trace, la même année que Bernard de Fontaine.

Curieusement également, c’est à partir de ces deux décès que la « Milice du Temple », alors au sommet de sa gloire, commencera à faire parler d’elle de manière péjorative (« boire et jurer comme un Templier »).

Une légende circule au sujet de Bernard de Tramelay, selon laquelle chaque nuit du 14 au 15 août de l’année 53 de chaque siècle son fantôme viendrait hanter la Préceptorerie de Temple-Les-Dôle pour accomplir un mystérieux périple.

 

Blason de Bernard de TREMELAY
 tremelay
Écartelé au 1er et au 4ème de la croix de « La Milice du Temple », au 2ème et au 3ème d’or au chef de gueules.

-5- GUILLAUME DE CHANALEILLES ou CHANATEILLES (1154-1156) :

En 1152, lors de son entrée dans la « Milice du Temple », il fit don du fief de Varnere. Cet acte fut confirmé par Louis VII-le-Jeune, roi de France.

Il reçut de LOUIS VII-le-Jeune le privilège de prendre le titre de Grand Maître par la grâce de Dieu. Mais sa nomination n’aurait pas été ratifiée par la « Milice du Temple ».

Blason de Guillaume de CHANALEILLES
 chanaleilles
Écartelé au 1er et au 4ème de la croix de « La Milice du Temple », au 2ème et au d’or, à trois lévriers de sable, courant l’un sur l’autre, colletés d’argent.

-5 (bis)- ANDRE DE MONTBARD (Fin 1154-17 octobre 1156) :

Il aurait également fait partie de l’Ordre de Sion, antérieur à la création de la « Milice du Temple ».

Il est l’un des neuf chevaliers co-fondateurs de l’Ordre.

Oncle de Saint Bernard, il représente par cette parenté un lien avec les Cisterciens.

Il fut Sénéchal de l’Ordre de 1148 à 1151, selon les cartulaires du Saint Sépulcre et de Saint Lazare.

Selon les listes, sa place de grand Maître peut se changer en celle de Maître régional de Jérusalem tout comme Évrard des Barres.

Il est élu sans doute en opposition avec Guillaume de Chanaleilles. La date de son élection est incertaine mais intervient sans doute à la fin de 1154.

Il figure pour la première fois comme Maître du Temple, le 27 mai 1155, dans un acte de Baudouin III, Roi de Jérusalem, et dans un acte identique daté du 27 juin 1155 concernant une confirmation d’échange avec la Reine Mélisande.

Le 3 juillet de la même année, il est cité dans un acte d’Amaury Comte d’Ascalon.

L’obituaire de Bonlieu date sa mort au 17 octobre.

L’année ne peut être que 1156 puisque à la fin de cette année son successeur apparaît déjà.

Blason d’André de MONTBARD
 monbard
Écartelé au 1er et au 4ème de la croix de « La Milice du Temple », au 2ème et au 3ème d’azur à 2 bars d’or adossés.

-6- BERTRAND DE BLANQUEFORT (1156 – 2 janvier 1169) :

Bertrand de Blanquefort ou Blanchefort était le fils de Godefroy, seigneur de Blanquefort en Guyenne.

Bertrand de Blanchefort est mieux connu pour ses affinités supposées avec les Cathares. Il aurait avant de rentrer dans l’Ordre combattu aux côtés du célèbre cathare Raymond-Roger de Trencavel, puis fait don de ses terres situées dans les environs de Rennes-le Château et du Bézu à l’Ordre (le château du Bézu n’a jamais été une propriété de la « Milice du Temple ».

Installé Grand Maître de l’Ordre, il aurait fait venir tout spécialement d’Allemagne un contingent de mineurs afin de creuser des galeries dans la montagne de Blanchefort qui selon une hypothèse devait servir d’entrepôt clandestin aux Templiers.

Il est élu Grand Maître à la fin de l’année 1156.

Ce « Grand Maître par la grâce de Dieu » est le prototype même du Templier, il eut la réputation d’être un religieux édifiant et un guerrier habile d’un capitaine très versé dans l’art de la guerre.

En 1156, fut fondé l’Ordre de Calatrava, où de nombreux Frères trouveront refuge pendant le temps de la torture et de l’injustice.

Il est mentionné pour la première fois le 2 novembre 1156 lorsqu’il souscrit au traité de paix du Roi Baudouin IV avec les Pisans.

Sous son magistère le pape Alexandre III accorda plusieurs privilèges à la « Milice du Temple ».

Le 19 juin 1157, lors de la bataille du lac Méron, il fut fait prisonnier avec plusieurs Barons et Seigneurs du Royaume par l’armée de Nour-Al-Din.

Le Prince Manuel Commène, empereur de Constantinople, versa trois ans plus tard une lourde rançon pour le libérer lui et les Seigneurs du Royaume de Jérusalem.

En 1165, il participa avec Boëmond, Prince d’Antioche, et Raymond, Comte de Tripoli et d’autres Barons à la bataille d’Harenc. Ils furent battus de nouveau par Nour-Al-Din et soixante Chevaliers du Temple perdirent la vie.

En 1166, il envoya une députation à Louis VII qui lui avait reconnu le titre de « Grand Maître par la grâce de Dieu », pour appeler l’attention du roi, dont les maux s’aggravaient chaque jour, sur la Terre Sainte.

D’après les actes de Louis VII, c’est lui qui annonça au Roi de France, en 1167, la prise de Panéas par Moud-El-Din.

Le 19 mai 1168, il figure dans la souscription d’une charte du Roi Amaury accordant des avantages commerciaux à la République de Pise.

Toujours en 1168, devant l’intention du Roi Amaury de Lusignan de rompre le pacte contracté avec les Sultans d’Égypte, il proclame l’opposition du Temple et considère comme parjure l’expédition préparée par le Roi.

L’obituaire de Reims fixe sa mort au 3 des nones de janvier, soit le 2 janvier 1169.

Paradoxalement, le pape Clément V, qui devait condamner plus tard sous Philippe le Bel « La Milice du Temple » n’était autre que le fils d’Ida de Blanchefort, de la famille de Bertrand de Blanchefort.

Blason de Bertrand de BLANQUEFORT
 blanquefort
Écartelé au 1er et au 4ème de la croix de « La Milice du Temple », au 2ème et au 3ème fascé et contrefascé d’or et de gueules.

-7- PHILIPPE DE MILLY (janvier 1169 – 3 avril 1170) :

Sa famille paternelle est originaire de Picardie.

Philippe de Milly ou de Naplouse, seigneur de Naplouse en Terre Sainte, où il est né, a été marié à Isabelle, fille du roi Baudouin III.

Il échangea la seigneurie de Naplouse contre celle de Montréal avec le Roi Baudouin III.

Veuf, il entre assez tardivement dans « La Milice du Temple » en 1148.

Il fut élu Maître en janvier 1169, après la mort de Bertrand de Blanquefort, puisque cette même année il signe un titre du Roi Amaury en faveur des Pisans.

Il serait ainsi ce qu’on nommait un « poulain », c’est à dire un enfant issu d’un mariage entre un chrétien et une Musulmane d’origine syrienne.

Rien d’étonnant donc, à ce qu’on le considère comme un Maître influencé par la culture musulmane et qu’on le prétende très « arabisant ».

Le nouveau Maître dont il échangea la seigneurie de Naplouse contre celle de Montréal avec le Roi Baudouin III.

Sous son magistère, Saladin prend le pouvoir en Égypte (mais reste le vassal de Nour-ed-Din) et met Amaury en déroute; il tente, en vain, d’assiéger Gaza, ville défendue par les Templiers, avant de mettre ses environs à feu et à sang pour se venger de son échec.

Au printemps 1170, un tremblement de terre ébranle la Syrie, ce qui suscite une trêve entre les différents camps.

Il démissionne, sans autre précision, de sa dignité de Grand Maître avant la Pâques 1170, pendant le voyage qu’il effectua à Constantinople avec le roi de Jérusalem.

C’est tout ce que nous savons sur son magistère.

Ce grand Maître est aussi enveloppé de mystère car nul ne sait pourquoi il démissionna, ni ce qu’il advint de lui. On ignore pourquoi, tout comme on ignore comment il acheva sa vie; sans doute dans un monastère cistercien, ainsi qu’il est d’usage pour tout Templier quittant l’Ordre.

Blason de Philippe de MILLY
 milly
Écartelé au 1er et au 4ème de la croix de « La Milice du Temple », au 2ème et au 3ème de sable au chef d’argent.

-8- EUDES DE SAINT AMAND (1170 – 19 octobre 1180) :

D’une illustre famille du Limousin, Eudes de Saint Amand, avant d’entrer dans « La Milice du Temple », avait été Vicomte du Royaume de Jérusalem, comme le signale Du Gange.

Il fut un des plus importants Grand Maîtres de « La Milice du Temple » car cet homme audacieux, débordant d’énergie, s’appliqua à mener l’Ordre au sommet de la gloire.

Ce Grand Maître entreprenant réussit à marquer l’indépendance de l’Ordre vis à vis du pouvoir en l’affranchissant totalement du pouvoir Royal Français.

On ne peut pas avancer qu’Eudes de Saint-Amand fut choisi par Philippe de Naplouse pour lui succéder; c’était contraire aux règles juridiques de l’Ordre, et surtout, rien ne nous le prouve.

Quoi qu’il en soit, en 1172, lorsque Gauthier de Mesnil, Chevalier du Temple, se fit le meurtrier des envoyés du Prince des Bathéniens, Eudes était Grand Maître.

Guillaume de Tyr, qui fut hostile aux Templiers, semble sidéré par la prestance de ce Grand Maître: « Un homme ayant le souffle de la fureur en ses narines, ne craignant pas DIEU et ne respectant personne ».

Le 18 avril 1174, il souscrit à la confirmation du Roi Amaury d’une rente donnée à l’Hôpital de Saint-Jean de Jérusalem.

Le 13 septembre 1174, il est cité dans un acte de Baudouin IV.

En 1176, il est témoin de la confirmation de la vente du Casals de Beït-Daras.

En 1177, les Musulmans ayant engagé de nouveaux combats, Eudes de Saint Amand assista à la bataille de Montgésirat.

Ainsi, en 1178, il reçoit en donation de Renaud, seigneur de Margat, la moitié de Brahim et la moitié du Casals Albot et du Casals de Talaore.

Au mois de février 1179, le Maître conclut un accord avec Roger de Molins, Maître de Saint-Jean de Jérusalem. C’est le dernier acte connu sous son Magistère.

Eudes de Saint Amand audacieux et entreprenant débordait d’activité, il fit construire le Gué de Jacob et obtint la franchise de ses Préceptoreries.

Eudes de Saint Amand se moquait de l’image que pouvait donner l’Ordre à l’extérieur car il est souvent cité pour avoir fait « un travail en profondeur », ce qui veut peut-être dire « dans l’Ordre Intérieur et Secret « .

En 1179, Saladin mena une offensive de grande envergure contre la Palestine. Lors du désastre de Pénéas, au gué de Jacob, Eudes de Saint Amand fut capturé en plein combat et Baudouin IV en réchappa de justesse et à grand-peine.

Saladin proposa au Grand Maître la liberté contre une forte rançon payée par la « Milice du Temple ». Eudes de Saint Amand lui rétorqua :  » Je ne veux point autoriser par mon exemple la lâcheté de ceux de mes religieux qui se laisseraient prendre, dans la vue d’être rachetés. Un Templier doit vaincre ou mourir et ne peut donner pour sa rançon que son poignard ou sa ceinture ».

Un peu plus tard, il refusa également d’être échangé contre un Émir prisonnier de la « Milice du Temple ».

Il mourra, après quelques mois de captivité, des suites de ses blessures dans les geôles de Saladin.

Pendant son magistère il maintint les privilèges de l’Ordre contre les rois, ce qui le fit accuser d’orgueil intraitable par ses ennemis.

La lecture des actes permet de dater exactement la mort d’Eudes de Saint Amand. Guillaume de Tyr nous dit le 10 juin 1179, lors de la bataille du Gué de Jacob. Nous rejetons cette date ainsi que celle du 30 août 1179, lors de la prise du château du Gué de Jacob. Ce n’est pas à l’une de ces deux dates qu’Eudes mourut, car les événements ci-après, sont postérieurs à la bataille du Gué de Jacob.

Deux bulles d’Alexandre III, l’une du 26 février 1180 et l’autre du 12 avril 1180, prouvent ce que nous avançons, et les Templiers, dans leur obituaire de Reims, nous donnent la date exacte de cette mort, le VII des ides d’octobre, soit le 19 octobre 1180.

Blason d’Eudes de SAINT AMAND
 st-amand
Écartelé au 1er et au 4ème de la croix de « La Milice du Temple », au 2ème et au 3ème sinople, à 3 fasces d’argent au chef engrêlé du même.

-9-ARNAUD DE LA TOUR ROUGE (Début 1181)- 30 septembre 1184 :

D’origine Catalane, Arnaud de la Tour Rouge ou Toroge était encore Maître en Provence et en Espagne le 26 novembre 1180, dans un acte où il accordait aux habitants de Miravete le privilège de ne pas payer les péages ni les usages par mer et par terre.

Il est difficile de dater l’élection de ce Maître du Temple.

D’après Guillaume de Tyr, le nouveau Maître fut revêtu de sa dignité en 1181 sans précision de mois. A moins de prendre en considération la mention de l’auteur de la vie des Archevêques de Bourges signalant qu’un Eudes de Saint-Amand, oncle de l’Archevêque de Bourges, le Bienheureux Philippe Bérruyer, fut Grand Maître. Ce dont nous n’avons aucune confirmation par les actes.

Néanmoins, il fut élu au tout début de l’année : au mois de mars, le Roi Alfonso II d’Aragon fait une donation au Grand Maître (Magister Mayor), Arnaud de la Tour-Rouge, Maître en Provence et en Espagne, et à Bérenger d’Avignon, de la ville de Tortose et des châteaux d’Azcon et de Ribarroya.

Nous le retrouvons en 1183, dans un acte d’Héraclius, Patriarche de Jérusalem, constatant l’accord intervenu entre les Frères du Temple et l’Abbaye de Notre-dame de Josaphat, au sujet du Casal De Maseraz.

Le 5 janvier 1182, le Pape Lucius III, tout en complétant les données par la mention: « Dilectus filius Arnaldus », renouvelait les dispositions de la bulle de son prédécesseur Alexandre III.

Arnaud de Toroge fut cependant contraint de signer une paix désastreuse avec le sultan Saladin, ainsi qu’avec le Grand Maître des Hospitaliers Roger de Moulins sous le patriarcat d’Héraclius en 1184.

Ce fut un homme de cœur et d’honneur, toujours à la recherche des possibilités qui sommeillent dans le subconscient de chacun et qui ont besoin d’être catalysées et réactivées par un Maître.

Grand voyageur, Arnaud de la Tour-Rouge mourut à Vérone en Italie, le 30 septembre 1184, lors d’un voyage en France où il allait sensibiliser l’opinion des Princes pour venir au secours la Terre Sainte.

Cette date est confirmée par l’obituaire de Reims.

Blason d’Arnaud de LA TOUR ROUGE
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Écartelé au 1er et au 4ème de la croix de « La Milice du Temple », au 2ème et au 3ème d’argent tour de gueules.

-10- JEAN DE TERRIC (1184-1187) :

Son nom s’écrit parfois Théodoric, ou Thérence, ou Terric, ou Thierri ou encore Térence.

Les origines de ce Maître nous restent inconnues et il est l’un des Maîtres les plus énigmatiques de « La Milice du Temple ». Jean de Terric demeure donc un mystère pour les historiens de la Milice du Temple.

C’est l’un des Maîtres les plus controversés et il est donc considéré comme douteux par certains auteurs.

Aussi, plusieurs historiens ne l’incluent pas dans la liste des Maîtres, pourtant il est cité dans « L’Historia Jérosilimitana » et par le moine de San-Pantaléon.

En effet, cette mention proviendrait d’une erreur de lecture: Terric fut Maître de l’Ordre, mais seulement de la Maison du Temple de Jérusalem.

Alors, a-t-il été Grand Maître ou n’a-t-il été que « Grand Précepteur de la maison du Temple de Jérusalem »?

L’ambassade de son prédécesseur en Europe a été un échec.

A Jérusalem, la situation est dramatique. Le roi est moribond, son successeur est un neveu qui n’a que 7 ans.

Les comtes du royaume sont divisés dans leur appui à l’ambitieux régent Raymond de Tripoli. Les caisses sont vides, et la corruption règne de partout, y compris au sein du clergé.

A tel point qu’un chroniqueur écrit : « Les autres nations, qui avaient reçu de Jérusalem les lumières de la religion, en recevaient alors l’exemple de toutes les iniquités; aussi Jésus-Christ méprisa-t-il son héritage, et permit-il que Saladin devint la verge de sa colère… »

Le 16 mars 1185 Baudouin IV, le roi lépreux meurt.

En septembre 1186, c’est au tour de son neveu Baudouin V de mourir. On évoque le poison, sans autres preuves…

Au début de l’année 1187, il adresse une autre lettre au Roi d’Angleterre, pour lui annoncer la prise de Jérusalem par les Musulmans et le siège de Tyr. Or, dans ces deux écrits, il ne s’intitulerait pas Grand Maître du Temple, mais Grand Précepteur de la Maison du Temple à Jérusalem.

Profitant que les barons sont réunis à Naplouse, autour du régent Raymond de Tripoli, le Grand Maître du Temple déclare reine Sybille, femme de Guy de Lusignan, et fille aînée du roi Amaury. Laquelle, pendant la cérémonie de couronnement, dans l’église désertée du Saint-Sépulcre, place une couronne sur la tête de son mari. La plupart des barons protestent, avant de se rallier un peu plus tard. Raymond s’enferme dans Tibériade et demande, au cas où il serait attaqué par Lusignan, des secours à … Saladin.

Saladin, fidèle aux traités passés sous Baudouin IV, n’intervient pas malgré l’affaiblissement du royaume de Palestine, jusqu’au jour où Renaud de Châtillon, encore lui, dépouille une des caravanes de Saladin.

Fureur de Saladin, qui déclare la guerre sainte.

En mars 1187, 50000 cavaliers assiègent Renaud de Châtillon. Un corps expéditionnaire, commandé par le fils de Saladin, ravage la Galilée. Les Grands Maîtres des Templiers et des Hospitaliers, qui tiennent Saint-Jean d’Acre, rassemblent une centaine de chevaliers, 400 hommes à pied, et se portent au-devant de l’ennemi.

Le 1er mai 1187, la tradition Templière le place à la tête des troupes de « La Milice du Temple », lors de la bataille de Nazareth où 500 Templiers furent tués. Cernés, les chrétiens se battent avec héroïsme. Jacquelin de Maillé, Maréchal du Temple, reste seul debout sur le champ de bataille. Son cheval s’abat sous lui, et l’entraîne dans sa chute. Il se relève, et la lance à la main, continue à repousser l’ennemi. Qui, devant sa bravoure, lui propose de le laisser partir à sa guise, libre. Le Maréchal refuse et continue de combattre. Mais il a perdu trop de sang. Épuisé, le corps hérissé de flèches, il finit par s’effondrer, et mourir. Les Turcs, subjugués par son courage, se partagent les lambeaux de ses vêtements pour en faire des reliques.

Ainsi s’achève la bataille de Nazareth, le 1er mai 1187.

Trois Templiers seulement ont pu échapper au carnage : le Grand Maître, et deux de ses chevaliers.

Dans une lettre adressée au Pape Urbain III, il dit : « …qu’il a réussi à s’échapper avec quelques chevaliers… ».

Le 5 juillet 1187, il fut fait prisonnier par Saladin lors de la bataille de Tibériade.

Saladin lui rendit sa liberté en lui faisant promettre sous serment de ne plus jamais porter les armes contre lui.

Jean de Terric accepta, et ayant recouvré sa liberté, il ne put continuer à servir l’Ordre. En effet, pour respecter son engagement et sa parole de Templier donnée à un adversaire, il abdiqua assez rapidement.

Sa témérité fut cause des plus grands revers. Généralement, il est reconnu comme étant un excellent combattant, mais pas très doué pour la stratégie militaire.

Blason de Jean de TERRIC
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Croix de « La Milice du Temple » à savoir d’argent à la croix pattée de gueules.

-11- GERARD DE RIDEFORT (octobre 1187 – 1er octobre 1189) :

Également parmi l’un des Maîtres du Temple le plus controversé.

Seigneur originaire des Flandres, il serait venu en Orient pour se mettre au service de Raymond III de Tripoli et avec l’intention d’épouser la Dame de Butron.

N’y étant pas parvenu, il se serait fâché avec Raymond III de Tripoli à la suite de circonstances mal définies.

Lorsqu’il tomba malade, il alla se faire soigner dans la Maison Mère de « La Milice du Temple » à Jérusalem.

Peu de temps après, il entrait dans « La Milice du Temple » et prononça ses trois vœux.

En tant que Templier, il devient le fidèle allié de Rein Aldo de Châtillon et de Guy de Lusignan, ennemis jurés de Raymond III de Tripoli.

Son destin s’accéléra et son ascension fut fulgurante parmi la hiérarchie de « La Milice du Temple ».

En 1183, et en moins de vingt ans, il devient Sénéchal du Temple. Il est nommé ainsi lors de l’accord avec l’abbaye de Notre-Dame de Josaphat.

Puis en 1184, il figurerait comme Maître du Temple, dans un acte de donation à Funès en Aragon. Cet acte n’indiquant pas le mois, l’élection eut certainement lieu dans l’intervalle réglementaire édicté par les retraits du Temple.

S’il parvint à la charge de Maître, c’est grâce aux promesses qu’il aurait faites à ses électeurs. Son élection aurait été contestée par les anciens de l’Ordre parce qu’il n’avait pas grandi dans la fraternité.

Suivant les chroniques, et principalement Guillaume de Tyr, il aurait été investi de cette dignité en 1185.

Ce grand Maître arriva en pleine période critique, car les croisades s’enlisaient dans les querelles internes des chefs francs.

Dans cette période hésitante et incertaine Ridefort adopta en réaction une attitude d’intense activité.

Certains seigneurs lui reprochèrent sa témérité, son audace et le traitèrent de « Mauvais Maître ».

Or, Ridefort vivait avec la réalité, pour lui l’action est vécue comme une sublimation de l’égo, il avait toutes les qualités qui servent à entraîner les hommes.

Il poursuivit fidèlement la politique de « La Milice du Temple » en ORIENT en maintenant le contact avec la hiérarchie ésotérique de l’Islam et en combattant sur le terrain quand cela devenait nécessaire.

Il assista à la mort du Maréchal du Temple, lors de la bataille d’Acre, entre les troupes de Salha-El-Din et celles de Guy de Lusignan.

Il aurait donc succédé au Maître du Temple Terric, mais compte tenu de ce que nous avons dit précédemment, il parait bien difficile de considérer Terric comme faisant partie des Grands Maîtres du Temple.

On ne peut pas dire si Gérard de Ridefort eut une influence importante en Terre Sainte.

Guillaume de Tyr, ennemi juré des Templiers, en fait un arrogant responsable de la perte d’influence de l’Ordre vis-à-vis des puissances séculières en Palestine, et ce, durant tout son magistère.

En 1186, il aida au coup d’état de Guy de Lusignan avec lequel il fut fait prisonnier.

En 1187, l’imprudent Renaud de Châtillon attaqua une caravane Égyptienne malgré la trêve signée avec le Sultan du Caire. De plus il capture par la même occasion la propre sœur de Salha-El-Din. Certains ont même prétendu qu’il aurait agi sur les ordres du Maître du Temple.

Le 1er mai 1187, Gérard de Ridefort avec 140 chevaliers du Temple déclencha, malgré les conseils de prudence du Maréchal du Temple Jacques de Mailly, une attaque contre 7 000 Musulmans, qui aboutit à la bataille de Casals Robert.

Tous les Templiers pris dans le combat seront décapités, excepté Gérard de Ridefort.

Cette grâce en apparence singulière a beaucoup nuit à la réputation de Gérard de Ridefort. Il serait bon de rappeler maintenant l’opinion très fréquente des Musulmans sur cette question : « A quoi ça sert de tuer le Grand Maître de « La Milice du Temple » car il sera immédiatement remplacé par un autre. C’est plus facile de tuer un Templier qu’une fraternité comme « La Milice du Temple »

Certains historiens l’ont  même accusé d’avoir abjuré le Christianisme.

Peu de temps après, le Maître du Temple réussi à lever une nouvelle armée grâce aux richesses de son Ordre. Elle se concentra à Saphonie, non loin de Nazareth.

La réplique de Salha-El-Din sera foudroyante.

Aux 60.000 soldats de Salha-El-Din s’opposèrent 25 000 chrétiens, dont 1 300 Chevaliers du Temple et 5.000 Turcoples. Le manque de connaissances militaires de Guy de Lusignan et l’amour de la guerre du Grand Maître, conduisirent  à un nouveau désastre.

Le Maître échappa de justesse à cette folle bataille au cours de laquelle le Maître des Hospitaliers fut tué et la population de Nazareth faite, presque entièrement, prisonnière.

Puis, Gérard de Ridefort fit capituler Gaza et les forteresses voisines, mais fut fait prisonnier avec Guy de Lusignan. Il ne dut sa délivrance, ainsi que celle de nombreux chrétiens, qu’à une forte rançon.

C’est encore sous sa Maîtrise que Jérusalem retomba aux mains des Musulmans.

En 1189, il assista encore, en qualité de Grand Maître, au début du siège d’Âcre. Il y trouva une mort héroïque, le 1er octobre, dans un combat livré aux pieds du Toron. Mais son sacrifice ne lui fit pas retrouver toute son aura.

La maîtrise de Girard de Ridefort fut un désastre pour la Milice du Temple. Inconscient, il est à l’origine des premiers reproches adressés aux frères.

Après sa mort, le Chapitre Général réforma certains points de la Règle, touchant principalement aux mesures disciplinaires à prendre quand le Maître manque à son sens moral et à sa responsabilité.

Blason de Gérard de RIDEFORT
 ridefort
Écartelé au 1er et au 4ème de la croix de « La Milice du Temple », au 2ème et au 3ème d’or à lion de sable lampassé de gueule.

-12- ROBERT DE SABLE (Fin 1189 – 13 janvier 1193) :

Robert III de Sablé ou de Sabloil appartient à l’illustre famille de la Maison de Craon en Anjou, et qui avait déjà donné un Maître à « La Milice du Temple ».

Avant de devenir Templier il avait contracté deux mariages, le premier avec Marguerite de Chaource et le second avec Clémence de Mayenne.

En lui, s’équilibre la force et le dépouillement.

Robert de Sablé est le prototype même du Chevalier Médiéval fidèle jusqu’à la mort à ses engagements et à un code de l’honneur qu’il a définitivement choisi.

Le continuateur de la chronique de Guillaume De Tyr fixe l’élection de Robert de Sablé au début de l’année 1190, devant la ville d’Acre. Cette mention est reprise par les auteurs de « l’Art de vérifier les dates ». Ils précisent que l’élection eue lieu à l’arrivée de Richard, Roi d’Angleterre.

Or, lorsque le Souverain débarqua en Palestine, le Temple avait un Maître, ce qui permet de situer l’élection fin 1189.

Richard Coeur De Lion lui confia le commandement de sa flotte pour l’amener en Palestine lors de la troisième Croisade.

Son Magistère est inséparable de celle de Richard Coeur De Lion, il se tourna  donc tout naturellement vers les trois familles »prestigieuses » du Moyen-Orient que sont les Lusignan, les Toulouse et les Plantagenêt plutôt que vers le Roi de France.

Selon l’historien arabe Ibn Alathyr, ce Grand Maître entretint de continuelles relations, aussi secrètes que cordiales avec Salha-El-Din.

Robert de Sablé signa avec Salha-El-Din une trêve qui garantissait pour une période de cinq ans la liberté des pèlerins qui se rendaient à Jérusalem.

Ce Moine Soldat était un poète et composa des complaintes.

Jean Renart le dépeint dans son « Roman de la Rose ».

Il acheta l’île de Chypre au Roi Richard Coeur De Lion pour une somme de 25.000 Marcs d’argent.

Malheureusement, il rendit, peu de temps après, cette île au Roi Richard Coeur De Lion, qui lui-même la céda à Guy de Lusignan dans des circonstances très controversées.

En effet, Robert de Sablé ne voulait pas mobiliser les forces de « La Milice du Temple » pour défendre cette île contre les Grecs.

On le trouve en 1192, le 10 février, en qualité de témoin de la donation faite par Guy de Lusignan à l’hôpital de Notre-Dame des Allemands à Acre.

Ami intime de Richard Cœur De Lion, il souscrivit, le 13 octobre 1192, à une charte en faveur des Pisans.

Selon l’indication de l’obituaire de Reims, il mourut le 13 janvier 1193, la même année que Salha-El-Din.

Blason de Robert de SABLE
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Écartelé au 1er et 4ème de la croix de « La Milice du Temple », au 2ème et au 3ème d’or à aigle d’azur.

-13- Gilbert HERAL ou ARAIL ou HORAL ou ERA II (février 1193 – 20 Décembre1200) :

Autre personnage trouble car, d’une part, il soutint le Pape Innocent III et qui, d’autre part, fut choisi par le fils de Salha-El-Din comme garant pour la trêve de cinq ans qui avait été signé par son prédécesseur et le Roi d’Angleterre.

Quand le Chapitre élut Gérard de Ridefort, il était l’autre candidat, il semble qu’il perdit à cause du népotisme de son rival.

Avant d’accéder à la Maîtrise, il fut d’abord Maître d’Aragon et de Provence entre 1185 et 1189 ce qui laisserait supposer qu’il fut originaire de Provence ou de Catalogne.

Puis, juste avant d’accéder à la Maîtrise, il était Précepteur de l’Ordre en France.

Grand Commandeur de l’Ordre, Gilbert Arail fut élu Maître du Temple au mois de février 1193.

Il avait au plus haut degré le sens de l’honneur, de la parole donnée et la religion du serment. Il refusa souvent de violer ses engagements avec les Sarrasins.

Le 26 mai 1194, le pape Célestin lui adresse une confirmation de la bulle  »Om ne datum optimum » dans laquelle il prend l’Ordre sous sa protection et confirme les biens et les privilèges accordés par ses prédécesseurs.

En 1198, par contre, Innocent III lui reproche « les trêves avec les Sarrasins et des accords secrets avec les mêmes Sarrasins ». Une trêve de cinq ans que Gilbert Arail encouragea, entre le roi d’Angleterre et Saladin.

Le 8 décembre 1198, le Maître scelle un accord entre les Hospitaliers de Saint-Jean et les Templiers, au sujet de différents griefs concernant des biens qu’ils possédaient dans le Comté de Tripoli.

Au début de l’année 1200, Gilbert Arail est cité comme témoin dans une charte de Chypre. C’est le dernier acte signalant ce Maître.

L’obituaire de Reims indique sa mort le 20 décembre. Ce ne peut être qu’en 1200, puisque au mois d’avril 1201 son successeur était déjà élu.

Blason de Gilbert HERAL
 heral
Écartelé au 1er et au 4ème de la croix de « La Milice du Temple », au 2ème et au 3ème d’argent à croix d’azur.

-14- PHILIPPE du PLAISSIEZ (Début 1201 – 12 novembre 1209) :

Philippe du Plaissiez ou du Plaissis est originaire d’Anjou, il est né dans la vieille forteresse du Plessis Macé.

Il entra dans l’Ordre à l’époque de la troisième Croisade.

L’élection de Philippe du Plaissiez ne put avoir lieu que dans les trois premiers mois de l’année 1201, puisque le 17 avril il passa un accord avec le Maître de l’Hôpital portant sur une prise d’eau pour arroser les terres et pour l’usage des moulins des deux ordres dans le Comté de Tripoli.

En 1202, début de la quatrième croisade.

Le 1er février 1205, le pape Innocent III lui renouvela la bulle d’Anastase IV  »Om ne datum optimum ».

En 1208, il proposa au Maître des Hospitaliers, au Maître de Saint-Lazare et au Maître de Sainte-Marie des Allemands, une nouvelle trêve avec les Musulmans, ce à quoi les Prélats de la Terre Sainte s’opposèrent.

Ce Grand Maître fut à l’origine de nombreuses trêves avec les Musulmans et aplanit maintes rivalités entre les croisés.

C’est sous son Magistère, qu’apparurent les premiers différents entre Hospitaliers et  Templiers. Le Pape prit curieusement le parti des Hospitaliers et reprocha aux Templiers leur manque d’obéissance envers les Évêques et les Prélats.

Nous trouvons trace de Maître Philippe du Plaissiez, premier de la Milice du Temple, dans une confirmation d’échange entre les Frères de Saint-Lazare et le Roi d’Angleterre, datée de mai 1209.

C’est sous sa Maîtrise que les Templiers remportèrent leurs plus grandes victoires sur les Maures d’Espagne.

L’obituaire de Reims fixant sa mort au II des ides de novembre, il est donc facile d’admettre que Philippe du Plaissiez décéda le 12 novembre 1209.

Blason de Philippe  du PLAISSIEZ
 plaissiez
Écartelé au 1er et au 4ème de « La Milice du Temple », au 2ème et au 3ème de gueules fretté d’or de six pièces.

-15- GUILLAUME DE CHARTRES (1210 – 26 août 1219) :

Fils de Milen III, Comte de Bar-Sur-Seine.

On sait peu de choses sur ce Grand Maître du Temple.

Il fut reçu en la Préceptorerie de Sours dans la région de Chartres.

En 1210, il assista, en qualité de Magister Templi, au couronnement de Jean de Brienne comme Roi de Jérusalem.

Il fit construire la forteresse de château Pèlerin pour défendre le fameux défilé d’Athlyt.

En 1211, il arbitra un conflit entre les Templiers et le Roi d’Arménie au sujet du château de Gastein enlevé par les Sarrasins en 1190 et repris par le Roi d’Arménie, qui refusait de le rendre.

En 1217, d’après Jacques de Vitry, il se rendit à l’assemblée des grands Feudataires et des Prélats du Royaume, à Acre.

Dans les  années 1210-1220, les Croisés vivent sous la menace de la progression mongole vers l’ouest. C’est aussi à cette période qu’apparaît  l’énigmatique Prêtre Jean et de son fabuleux Royaume.

En 1217, il participa au siège de Damiette avec son père qui faisait partie des croisés.

Il mourut en Égypte, le dimanche 26 août 1219, de la fièvre épidémique de la peste qui ravageait l’armée.

Blason de Guillaume de CHARTRES
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Écartelé au 1er et au 4ème de la croix de « La Milice du Temple », et au 2ème et au 3ème d’azur à 3 bars d’or posés l’un sur l’autre et, à la bordure composée de 8 pièces d’or et de sable.

-16- PIERRE DE MONTAIGU (1219 – 1233) :

D’origine catalane, il fut lui aussi Précepteur de Provence, de l’Aragon et de la Catalogne avant d’accéder à la Maîtrise.

Le continuateur de la chronique de Guillaume de Tyr situe l’élection du Maître du Temple pendant le siège de Damiette, ce qui put avoir lieu à la fin de l’année 1218.

Mais le nouveau Maître en fut informé assez tard : en novembre de cette même année, il signe encore en sa qualité de Précepteur de Provence et d’Espagne.

Selon les chroniques, il était courageux, brave, très habile au combat avec son sens inné pour la tactique.

Pierre De Montaigu obtint de Rome, le droit d’être exempté de la juridiction du Patriarche de Jérusalem, donc il n’était plus soumis à sa tutelle et à son obéissance.

« La Milice du Temple » devint ainsi entièrement libre de ses actions en Terre Sainte.

De nombreux actes jalonnent son Magistère, entre autre la sentence rendue au mois d’août 1222 par Pelage, Évêque d’Albano et Légat du Saint-Siège, au sujet des biens situés sur le territoire de Tyr, matière à procès entre les Chanoines du Saint-Sépulcre et la Maison de l’Hôpital.

En 1229, il refusa d’accompagner Frédéric II de Hohenstaufen Empereur d’Allemagne et Souverain excommunié. Il se heurta plusieurs fois à Frédéric II et à ses Chevaliers Teutoniques, qui arrivèrent en Palestine lors de la sixième croisade.

Pierre de Montaigu mourut en 1233. L’empereur d’Allemagne, s’était auto proclamé Roi de Jérusalem, et venait de s’allier avec les Musulmans en la personne d’Al-Kâmil.

Frédéric II garda une très forte rancune contre la Milice du Temple et confisqua tous les biens de cet ordre qui se trouvaient dans son royaume.

Blason de Pierre de MONTAIGU
 montaigu
Écartelé au 1er et au 4ème de la croix de « La Milice du Temple », au 2ème et au 3ème de gueules à une tour d’argent.

-17- ARMAND DE PERIGORD (1232 – 17/20 octobre 1244) :

Armand (dit aussi Herman, ou Harman) de Périgord (dit aussi Armande de Pierre-Grosse) est originaire de la branche aînée des comtes de Périgord.

Il fut Maître de la province d’Aquitaine, puis Précepteur du Temple en Sicile et en Calabre sur les terres de Frédéric II, ce qui fut certainement un excellent entraînement aux difficultés de la Maîtrise de « La Milice du Temple » en Terre Sainte.

En 1232, il succéda à Pierre de Montaigu.

Dès son avènement, il intensifia les structures de « La Milice du Temple », il consolida le réseau défensif des forteresses et ordonna de relever le château de Saphet détruit par les Musulmans.

Cet homme lucide avait pleinement conscience des véritables problèmes qui se préparaient dans le Royaume de Jérusalem.

Il fut un fervent partisan de l’alliance avec Damas.

Ainsi peu de temps avant l’offensive des Musulmans contre Gaza, il écrit au Maître de « La Milice du Temple » de la province d’Angleterre:

« …Combien de gens en cette terre et ailleurs nous sont contraires et hostiles par haine et jalousie. Ainsi notre Couvent et nous, avec le concours des Prélats de l’Église et de quelques pauvres Barons de la Terre Sainte qui nous aident comme ils le peuvent, nous assurons seuls le poids de la défense… »

Une défense qui deviendra au fil des ans de plus en plus difficile.

Le grand cartulaire de Nicosie le signale dès le mois d’août 1232 dans l’acte de restitution de Baruth à Jean d’Ibelin par Richard Filangieri.

Le 4 octobre de la même année, à Chypre, il arbitra entre le Clergé et les Barons de l’île, au sujet de dîmes dues par ces derniers.

Le Grand Maître ne cesse de réclamer des renforts mais le pape est le seul à l’entendre. Et lorsque enfin une croisade est levée, c’est pour aller défendre les chrétiens de Constantinople, dirigés par le vieux guerrier qu’est devenu Jean de Brienne, ancien roi de Jérusalem, et cernés par les Turcs.

Le 25 juillet 1233, près d’Acre, une concorde fut signée par les deux Maîtres, Armand de Périgord, Maître de la Maison du Temple, et Guérin, Maître de la Maison de l’Hôpital, concernant les eaux et les moulins d’Acre.

En juin 1237, il accepte, à la demande du Précepteur d’Antioche, de mettre fin à une trêve et attaque une forteresse sarrasine voisine de la ville. La bataille tourne à l’avantage des musulmans qui s’empare du « Beaucéant », l’étendard de bataille des Templiers, après avoir coupé les jambes et les bras de son porteur, l’Anglais Guillaume d’Argenson.

En novembre 1240, le Maître du Temple, avec le consentement de plusieurs dignitaires, donna aux Maîtres et Religieux de l’Ordre de Saint-Lazare, un terrain situé à Acre, dans le Montsumard, dans le quartier dit des Anglais.

Les Templiers tentent de les dissuader. Mais les croisés répondent qu’ils sont venus en Syrie pour guerroyer les Infidèles. Les Infidèles, comme à l’accoutumée, leur tendent une embuscade, et massacrent leur avant-garde. Les survivants acceptent alors les conseils des Templiers, et se replient à Ascalon et à Saint-Jean d’Acre, d’où ils retournent piteusement en Europe.

Les Templiers signent une trêve avec le sultan de Damas, et obtiennent la restitution des lieux saints; les Hospitaliers, eux, concluent une paix avec le sultan d’Égypte, et s’engagent à le soutenir contre le sultan de Damas, allié des Templiers, tandis que les chrétiens reviennent s’installer à Jérusalem y célébrer leur culte et relever les murailles de la ville, désertée par ses habitants depuis les guerres précédentes.

C’est alors qu’une nouvelle menace arrive de l’est. Une peuplade du Turkestan, les Kharismiens sont repoussés par les héritiers de Gengis Khan. En s’avançant sur l’Asie Mineure et la Syrie elle apporte avec elle le ravage et l’incendie.

Les Grands Maîtres du Temple et de l’Hôpital, taisant leurs querelles, incitent aux habitants de Jérusalem de se replier sur Jaffa.

Pendant ce temps, à Saint-Jean d’Acre, c’est la mobilisation générale.

Tous les habitants des villes chrétiennes environnantes en état de porter les armes se sont rassemblés à Saint-Jean d’Acre.

Les Templiers font appel à leur allié le sultan de Damas, qui leur envoie 4000 cavaliers. Les chrétiens, pour la première fois dans l’histoire du royaume de Jérusalem, acceptent de combattre aux côtés des infidèles, d’autres infidèles.

Le 17 octobre 1244, ce fut le désastre de Forbie, près de Gaza. D’après le Patriarche lui-même, les pertes de l’armée Franque furent très importantes. Tous sont tués, ou faits prisonniers.

Environ 30000 morts des deux camps jonchent le champ de bataille.

Le Temple, à lui seul, se vit amputer de trois cent douze Chevaliers sur trois cent quarante-huit et de trois cent vingt-quatre Turcoples.

Seuls 33 Templiers et 26 Hospitaliers regagnent Saint-Jean d’Acre.

Leurs Grands Maîtres ont été portés disparus.

Pendant cette bataille, le Grand Maître fut blessé et fait prisonnier. Ce n’est qu’un mois plus tard que les Templiers l’apprennent.

Il refuse, comme Eudes de Saint-Amand, son prédécesseur, d’être libéré contre une rançon.

Il mourut trois ans plus tard après dans sa prison, en 1247.

Blason d’Armand de PERIGORD
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Écartelé au 1er et au 4ème de la croix de « La Milice du Temple », au 2ème et au 3ème de gueules à 3 lions d’or, armés et couronnés d’azur, posé 2 et 1 qui est de Périgord.

– 18- GUILLAUME DE SONNAC (1245 – 3 juillet 1250) :

Certaines listes chronologiques des Maîtres du Temple donnent Richard de Bures comme successeur d’Armand de Périgord. Or, Richard de Bures était Châtelain de Chastel Blanc lorsqu’il fut élu Grand Commandeur de l’Ordre. La mort de Maître Armand ayant été apprise longtemps après la date réelle, on a cité Richard comme supérieur des Templiers.

D’après la Règle, une fois le Maître décédé, on devait procéder à l’élection. Il faut croire qu’en attendant la libération ou la mort du prisonnier des Kharismiens, un Grand Commandeur fut élu.

Mais il faut reconnaître qu’un manque évident d’informations précises ne nous autorise pas à prendre en considération Richard de Bures comme Maître de « La Milice du Temple ».

En conséquence, il ne fut jamais élu Maître de « La Milice du Temple ».

Guillaume de Sonnac est issu d’une famille languedocienne.

Vers les années 1230, Guillaume de Sonnac dirige la Préceptorerie d’Auzon près de Chatellerault dans le Poitou.

Ensuite, il occupa la charge de Maître des Pouilles.

Nous connaissons mal les circonstances de son élection, toutefois nous pouvons affirmer que ce fut l’un des plus Grands Maîtres de « La Milice du Temple ».

C’est un homme en tous points exceptionnel. Il excelle à la fois dans l’art de la diplomatie et dans celui des armes car il est à la fois avisé et prudent

Guillaume de Sonnac apparaît au début de l’année 1245 dans un acte concernant l’Ordre de Saint-Thomas d’Acre. Cet acte, date, dans la copie du XIVème siècle, du mois de février, permet de dire que l’élection dut se dérouler au début de cette même année.

Son magistère est surtout connu grâce aux chroniques de Joinville.

Ce fut aussi l’un des plus mystérieux Grands Maître de « La Milice du Temple ». En effet, il entretint des rapports continus et secrets avec l’Islam.

Dès qu’il accéda à la Grande Maîtrise, il fit parvenir dans le plus grand secret et sous une bonne escorte un mystérieux paquet au Roi Henri III d’Angleterre. Cette histoire a été authentifiée, mais nul n’a jamais su ce que contenait ce colis. Certains ont parlé de « La coupe du Graal ».

Un certain Boulanger, chroniqueur de l’époque, atteste le lien rituel du sang que Guillaume de Sonnac conclura avec la hiérarchie ésotérique de l’Islam :

« Le Maître du Temple et le Sultan d’Égypte avaient fait si bonne paix ensemble qu’ils s’étaient fait saigner tous les deux dans la même écuelle ».

Comme Frédéric II, il fut reçu dans la chevalerie Musulmane avec le titre d’IBN, c’est-à-dire le Fils.

Cette « Bonne Paix » qui aurait pu éviter l’histoire conflictuelle du Moyen-Orient fut malheureusement complètement gâchée par le Roi de France Louis IX.

Les Grands Maîtres des Templiers et des Hospitaliers, qui sont en négociation pour faire libérer les chrétiens toujours prisonniers depuis la bataille de Gaza appellent à la prudence. Mais la seule proposition d’une paix, voire d’une trêve avec les Infidèles est sujet de scandale pour les nouveaux croisés, qui ont été persuadés, à force de prêches enflammés, qu’ils vont à jamais anéantir dans l’immense Orient tous les ennemis de Jésus-Christ !

Sous son Magistère eut lieu la septième et désastreuse Croisade, celle de Saint Louis, avec lequel Sonnac eut de nombreux démêlés.

Louis IX va mettre deux ans à la préparer. En attendant, il envoie aux Templiers et aux Hospitaliers des renforts en hommes afin de remplacer les chevaliers morts et de l’argent pour de racheter les prisonniers.

Guillaume de Sonnac intervint activement dans la Croisade de Saint Louis, en collaborant au triomphe de Damiette qui se rend sans bataille.

Louis IX s’y installe et entreprend, lentement, la conquête de l’Égypte.

En avril 1250, l’avant-garde de l’armée, qui inclut les Templiers, est dirigée par le comte d’Artois, frère du roi. Ce dernier, apercevant la ville de Mansourah, veut aussitôt l’investir.

Guillaume de Sonnac, s’oppose à l’attaque de Mansourah projeté par Robert d’Artois, frère du Roi de France et lui propose d’attendre que toute l’armée ait passé le Nil.

Le Comte d’Artois l’insulta : « Vous n’êtes qu’un  lâche, entouré par une bande de poltrons ».

Le Grand Maître, blessé par l’insulte, répliqua : « Ordonnez Messire, les Templiers n’ont pas la couardise pour habitude. Ordonnez, mais soyez assuré qu’aucun d’entre-nous n’en reviendra ».

Le 3 juillet 1250, l’imprudent Comte d’Artois attaqua les armées du Sultan d’Égypte. L’épée levée au bout de son bras tendu et au grand galop, il entra en une charge brouillonne dans Mansourah. Il fut encerclé avec ses chevaliers par les musulmans qui lui coupèrent la route du Nil ne permettant pas aux renforts d’intervenir. Ceux-ci arriveront « trop tard ».

Pourtant Guillaume de Sonnac l’avait prévenu qu’il courait à la catastrophe. Le massacre est total. Le comte d’Artois est tué comme la plupart de ceux qui l’accompagnent. 280 Templiers sont morts et seulement 3 réussissent à survivre au désastre, dont Guillaume de Sonnac qui est blessé en plusieurs endroits avec notamment un œil arraché.

Le 5 juillet 1250, bien que grièvement blessé, il permet à Saint Louis et à son armée de se retirer sans trop de dégâts. Aucun Templiers, y compris le Grand Maître, n’en réchappa.

Sans le sacrifice Guillaume de Sonnac et celui de ses Templiers, l’armée de Saint Louis aurait subi de lourdes pertes. Les Sarrasins épuisés renoncent à poursuivre Louis IX.

Les Chevaliers du Sultan, qui étaient les pairs de Guillaume de Sonnac, en apprenant sa mort, le pleurèrent comme un Frère.

Blason de Guillaume de SONNAC
 sonnac
Écartelé au 1er et au 4ème de la croix de « La Milice du Temple », au 2ème et au 3ème d’or à lion de sable lampassé de gueule et entouré de douze carreaux de gueules posés en orle.

-19- RENAUD DE VICHIER (1250-1252) :

Renaud De Vichier ou Renault De Vichy avant d’être élu Maître du Temple fut Commandeur du Temple dans la ville d’Acre, en 1240.

Dès le 19 août 1246, nous le retrouvons Maître du Temple en France.

Devenu Maréchal de l’Ordre, il assista à la bataille de Mansourah et fut l’un des trois rescapés de cette bataille.

Il fut élu Maître de l’Ordre à la mort de Guillaume de Sonnac. Selon Joinville, il fut choisi sous l’influence du Roi de France.

Ce Chevalier champenois héritait d’une situation dramatique. Le Souverain français provisoirement éloigné de la Terre Sainte, Renaud de Vichiers en profita pour reprendre les négociations avec les Musulmans.

Le Roi de France ayant été fait prisonnier, Renaud de Vichiers refusa à Joinville la quote-part de « La Milice du Temple » pour payer la rançon. Louis IX prisonnier trouva alors bon l’argent des Templiers pour payer sa rançon. Ce qui n’empêcha pas Saint Louis d’aimer le Maître pour sa loyauté et de lui porter une admiration sans borne pour son courage. Le Roi de France l’admirait pour sa rigueur et sa force de caractère.

En 1250, il en fit d’ailleurs le parrain de son fils Jean Tristan né à Château Pèlerin.

Sous sa Maîtrise, Frédéric II restitua au Temple tous les biens qu’il lui avait confisqués en Terre Sainte.

Le Pape Alexandre III exempte l’Ordre de la juridiction inquisitoriale.

Les quelques années de Maîtrise de Renaud de Vichiers replacèrent l’Ordre dans son centre en dépit des épreuves et d’un avenir qui s’annonçait bien sombre.

Le jour où Saint Louis humilia « La Milice du Temple, Renaud de Vichiers resta sans la moindre réaction. Cette humiliation publique révolte les dignitaires de l’Ordre et exigent un Chapitre exceptionnel.

Ils obtiennent le consentement de Renaud de Vichiers pour démissionner. Peu de temps après, au cours de ce chapitre exceptionnel, il fut destitué de sa fonction de Grand Maître.

Contrairement à ce que dit le continuateur de la Chronique de Guillaume de Tyr, Renaud de Vichiers ne serait pas mort en 1257 en tant que Grand Maître car en octobre 1252, il était déjà remplacé puisque son successeur signait des documents.

Mais il serait bien mort le 19 janvier 1257, à en croire l’obituaire de Reims.

Blason de Renaud de VICHIERS
 vichiers
Écartelé au 1er et au 4ème de « La Milice du Temple », au 2ème et au 3ème de 4 vaires d’azur et de 4 tires d’argent.

-20- THOMAS BERAUD ou BERARD (Début 1252 – 25 mars 1273) :

Nous ne pouvons prendre la date de 1256, ou de 1257, pour l’élection de Thomas Béraud comme Maître du Temple, étant donné qu’en octobre 1252, il apparaît avec ce titre dans un sauf-conduit accordé à plusieurs personnes pour se rendre à Tripoli.

Ce Maître ne mena pas d’action d’éclat, mais poursuivi une politique modéré dans une période de plus en plus troublée et agitée.

En avril 1257, Jean de Montfort ratifia les donations faites par son père à Renaud Vichier, Maître du Temple, son prédécesseur.

Le 9 octobre 1258, un accord fut passé entre Thomas Béraud, Maître du Temple, Hugues Revel, Maître des Hospitaliers et le Maître des Teutoniques, concernant les contestations qui pourraient être faites de Chypre, d’Arménie, dans la Principauté d’Antioche et le Comté de Tripoli.

Comme nous pouvons le constater, Thomas Béraud a œuvré à maintes reprises pour un rapprochement avec les Chevaliers Teutoniques et les Hospitaliers.

En 1259. Le Maréchal du Temple, Étienne de Sissey, livre bataille aux Turcomans, mais malheureusement il est vaincu. Le Commandeur du Temple et un grand nombre de ses chevaliers sont faits prisonniers. La Milice du Temple les rachète peu de temps après.

En effet, elle a besoin de tous ses hommes, car un mamelouk, Bibars-el-Bendocdar, qui s’était illustré lors de la bataille de Mansourah, a pris le pouvoir en assassinant le dernier descendant de Saladin.

Bibars-el-Bendocdar s’est proclamé sultan d’Égypte et il a juré de ruiner et de chasser les Francs.

Les querelles entre Templiers et Hospitaliers ressurgissent. Ils s’affrontent avec une telle violence qu’en 1259, lors d’une bataille rangée, il ne reste, selon le chroniqueur Matthieu Pâris, aucun chevalier du Temple pour porter dans les places de son Ordre les nouvelles de la défaite.

Les Templiers qui restent en Terre Sainte appellent les Templiers d’Occident en renfort, afin d’obtenir vengeance. Les Précepteurs des différentes Provinces s’assemblent en Chapitre général et décident d’envoyer aussitôt un contingent de secours.

Lorsque ces renforts arrivent en Terre Sainte, le conflit avec les Hospitaliers a été suspendu. Les Tartares Mongols menacent les colonies chrétiennes. Ils sont défaits par l’ennemi « traditionnel » de ces mêmes chrétiens, le sultan d’Égypte.

Ce Magistère est marqué par la fin des Croisés en Terre Sainte. Malgré un magistère très agité, il en renforça la discipline. Les Templiers acquirent la Place de Sajette, le château de Beaufort en 1260, et, en 1261, la Place d’Arsuf.

Néanmoins, le 27 mai 1261, un compromis fut signé entre Frère Thomas Bérard, Maître du Temple, et Frère Hugues de Revel Maître de l’Hôpital, dans lequel les deux Maîtres donnaient tous pouvoirs à Thomas, Évêque de Bethléem, Légal du Saint-Siège, à Frère Hermann Helderong Grand Commandeur du Temple, Geoffroy de Sergines, Sénéchal et Bailli du Royaume de Jérusalem et Guillaume Botron, Connétable du Royaume, pour mettre un terme aux différents entre les deux ordres.

Ce genre de traité entre les deux Ordres fut renouvelé le 21 mai et le 9 juillet 1262.

Thomas Béraud est cité le 30 septembre 1264 dans le cartulaire de Nicosie.

En 1264, Arsuf, possession défensive de la Milice du Temple, est reprise par les Musulmans de Bibars-el-Bendoc-dar.

Bibars-El-Bendoc-Dar, surnommé la colonne de l’Islam et le père des victoires, ravage Antioche, se fait repousser par les Templiers et les Hospitaliers réunis devant Saint-Jean d’Acre.

Alors il se venge en rasant Césarée une place forte tenue par les Hospitaliers. Les soldats sont décapités et  les civils déportés en esclavage.

En 1266, Bendochar ravage les territoires de Tyr, de Tripoli et de Saint-Jean d’Acre. Sur les bords du Jourdain, il assiège la forteresse de Sephed.

Après la chute de la place forte, Bibars-El-Bendoc-Dar retourne en Égypte. Les Francs se croient provisoirement épargnés; c’est mal connaître la colonne de l’Islam, qui rassemble de nouvelles troupes pour ravager l’Arménie.

Le 7 mars 1268, Bibars-El-Bendoc-Dar s’empare de Jaffa et fait raser ses fortifications. Un peu plus tard, il s’empare de la possession Templière de Beaufort.

Puis il se présente devant les murailles d’Antioche pour que les habitants qui n’ont pas fui, terrorisés, lui ouvrent les portes en implorant sa clémence. Le père des victoires n’en fait pas moins égorger 17 000, déporter 100000 et, comme à son habitude, il met le feu à la ville.

Le 31 mai 1270, il est encore présent dans ce même cartulaire, mais cette fois pour souscrire à la révocation de l’accord conclu le 27 mai 1262.

Comme nous pouvons le constater, Thomas Béraud a œuvré à maintes reprises pour un rapprochement avec les Chevaliers Teutoniques et les Hospitaliers.

C’est la période que choisit le pape Urbain IV pour relever de sa charge Étienne de Sissey, le Maréchal du Temple.

Béraud apporta un soutien inconditionnel et un secours important pour le Maréchal de « La Milice du Temple », Etienne de Sissey, excommunié par le Pape Urbain IV. On en ignore la cause, mais, pour la première fois de son histoire, la Milice du Temple tient tête au pape et soutient son Maréchal. Urbain IV mort, Clément IV, son successeur, reçoit le Maréchal insoumis, et lui pardonne à condition qu’il vive pendant dix ans comme un simple frère de l’Ordre.

Ce Maître pourrait être à l’origine de la légende « du reniement de la croix »  mais pas du Christ. Ce « on-dit » provient qu’il aurait été fait prisonnier lors de la bataille de Saphet et qu’il aurait obtenu sa libération en reniant la Croix.

C’est à partir de cette époque, que la pratique de ce rituel d’intronisation des nouveaux Frères dans l’Ordre aurait été instituée.

Les Templiers et les Hospitaliers sont seuls face à Bibars-El-Bendoc-Dar.

Pendant ce temps, Louis IX, lui, a choisi de porter les armes en Afrique.

Devant un tel déploiement militaire Bibars-El-Bendoc-Dar est impressionné et signe une trêve avec les deux Grands Maîtres en 1272.

Le continuateur de la chronique de Guillaume de Tyr signale sa mort le 25 mars 1273. Cette date se trouve confirmée par la lettre du 17 mai de cette même année, écrite par Hugues de Revel, Maître de l’Hôpital, à Guy de Dampierre, comte des Flandres.

Blason de Thomas BERAUD
 beraud
Écartelé au 1er et au 4ème de la croix de « La Milice du Temple », au 2ème et au 3ème d’azur à 5 chevrons d’or

– 21 – GUILLAUME DE BEAUJEU (13 mai 1273 – 18 mai 1291) :

Originaire de la célèbre famille du Forez, et non de Bourgogne ou de Franche-Comté comme certains l’ont cru.

Guillaume de Beaujeu fut le dernier Maître à siéger en Terre Sainte durant toute sa maîtrise.

Son frère Louis fut Connétable de France et serait mort  lors de la Croisade à Aragon. Guillaume De Beaujeu était le parrain d’une fille de Saint Louis.

En 1271, Commandeur du Temple dans le Comté de Tripoli, il était au moment de son élection, Commandeur des Pouilles.

Le 13 mai 1273, Guillaume de Beaujeu fut élu Grand Maître et il résida à Acre.

Avant de rejoindre la Terre Sainte, il assista, en mai 1274, au concile de Lyon dont le premier objectif fut la réunion des Églises d’Orient et d’Occident, et le deuxième fut la convocation d’une nouvelle croisade.

Il visita ensuite toutes les maisons d’occident afin de leurs apporter « Grand Trésor » avant de partir pour la Terre Sainte.

Les Gestes de Chypriotes précisent qu’entre 1275 et 1282, il arbitra, avec habileté et libéralité, les différents entre le Temple et le Comté de Tripoli.

Le 27 juin, il souscrivit à l’offre faite par Henri de Lusignan à la garnison française du Château d’Acre.

Respectueux des trêves signées avec les Musulmans, il fut un vrai chef de guerre.

Sous son Magistère, le Pape entama des conversations d’unification avec les deux grands ordres de Palestine : Temple et Saint-Jean.

Ce Maître eut une activité intense en visitant toutes les Préceptoreries d’Europe pendant 2 ans pour chercher des renforts avant de repartir pour la Terre-Sainte.

Rapidement initié à la réalité Orientale, il sut que l’Islam préparait une guerre de grande envergure destinée à chasser définitivement tous les Francs de la Terre- Sainte et avec comme principal objectif la reprise de la ville fortifiée de Saint-Jean-d’Acre.

Ce Grand Maître eût sans aucun doute des rapports privilégiés avec des initiés Musulmans.

Sous la Maîtrise de Guillaume de Beaujeu se joua la dernière carte de la Terre Sainte comme Royaume Latin. Les Musulmans résistèrent malgré une nouvelle menace, plus angoissante, du côté français. Le Sultan du Caire Kalaoun Malek Al Mansour s’empara successivement de Margat, de Laodicée, de Sidon, de Tyr. Son fils, Kabid-Achraf continua la lutte et vint menacer Acre.

Dès le début du mois de mars 1291, les habitants d’Acre se préparèrent au combat et se répartirent en quatre divisions : la première sous les ordres de Jean de Grailly et d’Othon de Granson; la seconde obéissant au Chef du contingent des Chypriotes et au Lieutenant des Teutoniques ; la troisième aux Maîtres de Saint-Jean et de Saint-Thomas; la quatrième aux Maîtres du Temple et de Saint-Lazare.

Plusieurs ordres militaires s’étaient joints aux diverses divisions : les Chevaliers de l’Épée, de Saint-Laurent, de Saint-Martin des Bretons et ceux du Saint-Esprit.

Le 18 mai, Guillaume de Beaujeu fut atteint par une flèche près d’une des poternes du rempart de Montmusard. Mortellement blessé, il fut transporté dans un logis du quartier, près de la porte Saint-Antoine ou il mourut peu de temps après.

Alors la déroute devint générale et un grand nombre d’habitants se réfugièrent dans la forteresse du Temple.

Tous les efforts de l’armée musulmane se dirigèrent vers ce seul point de résistance.

Le 28 mai 1271, la tour du Grand Maître s’écroula sur les assaillants et au milieu d’un désordre indescriptible, les survivants se retirèrent sur les vaisseaux de la Milice du Temple pour se réfugier dans un premier temps à Sidon.

Lors de l’embarquement pour regagner Chypre, le Patriarche de Jérusalem, Nicolas de Hanappe et un des Maîtres de Prieuré de l’Hôpital de Saint Jean de Jérusalem périrent noyés tandis que le Lieutenant de Saint-Lazare était tué.

Blason de Guillaume de BEAUJEU
 beaujeu
Écartelé au 1er et au 4ème de « La Milice du Temple », au 2ème et au 3ème de 4 vaires d’azur et de 4 tires d’argent.

 

– 22 – THIBAUD GAUDIN (août 1291 – 16 avril 1292) :

Thibaud Gaudin ou Gaudini serait d’origine italienne et aurait été Frère Chapelain.

Il est le lieutenant de Guillaume de Beaujeu lorsqu’il l’a remplacé pendant son agonie.

C’est à l’unanimité, des dix Frères de l’Ordre qui restaient, que Thibaud Gaudin est proclamé Grand Commandeur du Temple au moment de la mort de Guillaume de Beaujeu.

Il prend le commandement des troupes restantes. Dans la ville livrée aux flammes, au pillage et au meurtre, seul le quartier du Temple résiste encore.

Le sultan propose une trêve et offre aux Templiers une capitulation honorable. Il accorde la vie sauve à tous ceux qui se sont réfugiés dans l’enceinte du Temple. Du haut de son enceinte toujours inexpugnable, le Grand Maître accepte les conditions du Sultan.

Mais les 300 soldats du sultan, à peine entrés dans l’une des principales tours du quartier du Temple (dite Tour du grand Maître) violent les femmes qui s’y trouvent. Furieux, les Templiers les massacrent les soldats du sultan.

Alors, le sultan ordonne à ses troupes d’assiéger l’enceinte du Temple et de passer au fil de l’épée tous ses défenseurs. Les Templiers se défendent pendant plusieurs jours. La tour du Grand Maître ayant été minée, elle s’effondre au moment où les musulmans montent à l’assaut, écrasant dans sa chute assaillants et défenseurs. Par la brèche ouverte, les Sarrasins s’engouffrent dans le quartier du Temple et tuent tout ce qu’ils rencontrent.

Le 28 mai 1291, le Grand Maître rassemble les dix chevaliers qui ont survécu, sur les cinq cents du début du siège, le Grand Maître des Hospitaliers, le peu de civil restant, les archives et les vases sacrés pour monter avec eux dans un bateau amarré au pied des murailles du quartier du Temple pour se retirer dans un premier temps à Sidon.

Mais ne voyant aucune issue, il décide de s’embarquer pour Chypre, avec les Frères de l’Ordre qui restaient,

Son élection n’ayant pas été faite dans les règles de l’Ordre, un chapitre est réuni à Chypre pour élire un nouveau Maître. Son titre de Grand Maître sera confirmé au mois d’août 1291.

La Palestine est perdue. Tyr, Sidon, Beyrouth ouvrent leurs portes aux vainqueurs. Leurs habitants n’en sont pas moins massacrés. Les églises sont rasées.

A la fin de l’été 1291, les musulmans ont effacé toutes les traces de l’implantation chrétienne, qui a duré presque deux siècles.

Limassol devient le nouveau quartier général de l’Ordres du Temple et de l’Ordre des Hospitaliers. Quant aux Teutoniques, ils se sont repliés en Allemagne.

Les Grands Maîtres des Templiers et des Hospitaliers lancent, depuis Chypre, un appel général pour rassembler auprès d’eux les chevaliers de leur Ordre dispersés dans la plupart des provinces de la chrétienté, afin de se livrer à un vaste recensement, et à un état de leur fortune.

Son Magistère fut très court, puisqu’en 1293 il est remplacé par Jacques de Molay.

Ce Grand Maître aurait abandonné ses fonctions pour se retirer au château de Sagette, où il serait mort.

L’obituaire de Reims signale sa disparition le 16 avril 1298.

Le Grand Maître du Temple est-il alors encore Thibaud Gaudin? Des historiens le font disparaître en avril 1292, d’autres vers l’an 1295 ou l’an 1298.

Jacques de Molay étant mentionné dès le mois de janvier 1293 comme Grand Maître, c’est donc bien au cours de l’année 1292 que Thibaud Gaudin aurait abandonné ses fonctions.

Blason de Thibaud GAUDIN
 gaudin
Écartelé au 1er et au 4ème de la croix de « La Milice du Temple », au 2ème et au 3ème d’azur au lion d’argent

 

23 – JACQUES DE MOLAY (Fin 1292 – 11 mars 1314) :

Tout comme Hugues de Payens, un certain mystère règne autour de l’origine de Jacques de Molay. Il naquit vers 1243 en Haute-Saône, il était membre de la famille de Longwy-Raon, mais nous ignorons s’il est originaire de la branche de Franche-Comté ou de la branche bourguignonne.

En 1265, il fut reçu dans « La Milice du Temple » à l’âge de 22 ans en la Préceptorerie de Beaune par Frère Humbert de Payraud en présence d’Amaury De La Roche.

Il fut Maréchal de l’Ordre avant d’être élu Grand Maître du Temple à la fin de 1292.

Molay n’aurait pu accéder à la Maîtrise que grâce à une cabale dont Hugues de Payraud, qui s’attendait à être élu, en aurait fait les frais.

En janvier 1293, Jacques de Molay figure avec le titre de Grand Maître dans un acte concernant l’île de Chypre, donc la date, toujours avancée de 1298 comme étant l’année de sa nomination à la Maîtrise de « La Milice du Temple » est fausse.

Jacques de Molay est un militaire plus qu’un politique, ce qui ne sera pas sans conséquences plus tard dans la chute de l’Ordre.

En 1293, avant juin, il écrivit à Édouard d’Angleterre pour lui annoncer la nomination de Guy de Foresta comme Visiteur de l’Ordre dans les îles britanniques.

Le dernier Maître de « La Milice du Temple » tenta une impossible reconquête des territoires du Moyen-Orient.

Pourtant en 1298, seul avec « La Milice du Temple », sans aucune assistance de Souverains ou un autre ordre religieux il lança une expédition en Égypte.

Pendant ce temps, le khan des Tartares Mongols, Kazan, s’est allié au roi d’Arménie pour déclarer la guerre au sultan d’Égypte.

En 1299, il propose aux Templiers et aux Hospitaliers de leur rendre la Terre Sainte (dès qu’il l’aura conquise) s’ils s’associent à son entreprise. Les Templiers lèvent des troupes, et participent à une grande victoire contre le sultan d’Égypte. Ils retrouvent une partie de la Terre Sainte et les villes qu’ils ont quittées dix ans auparavant, mais sans leurs fortifications. Après ces succès foudroyants, « La Milice du Temple » en s’alliant avec le Khan mongol s’empare de Jérusalem en 1299.

Ils entreprennent de relever les murailles de Jérusalem lorsque le Khan abandonne le terrain conquis pour retourner en Perse briser une révolte.

La « Milice du Temple » se retrouve à nouveau seule face au sultan d’Égypte, et malgré des appels pressants à l’Occident, où leur retour dans Jérusalem a provoqué une explosion de joie, les renforts tardent à venir.

La « Milice du Temple » poussa vainement Clément V pour qu’il prêche, auprès des Princes d’Europe, l’organisation d’une nouvelle Croisade.

Pour éviter un carnage comme celui de Saint-Jean d’Acre, ils sont obligés de quitter la ville sainte, et de retourner à Chypre.

En 1300, Jérusalem retombait finalement entre les mains des Musulmans.

Le rêve d’une Jérusalem chrétienne est définitivement brisé.

En 1303, Jacques de Molay et La « Milice du Temple » furent contraints de quitter définitivement Tortose et donc la Terre Sainte pour se réfugier et s’installer dans l’île de Chypre. Jacques de Molay mena des actions de guérilla contre les armées de l’Islam à partir de cette île.

A Chypre, « La Milice du Temple » et l’Ordre des Hospitaliers sont à l’étroit. Le roi de l’île, descendant de Guy de Lusignan, leur a interdit d’y acquérir des propriétés, de crainte qu’ils lui disputent son pouvoir, comme ils l’ont fait aux rois de Jérusalem.

Alors, les Hospitaliers s’emparent de l’île de Rhodes, et y installent leur quartier général.

Les Templiers sont tentés de s’implanter en Sicile, dont le souverain entend les utiliser pour une expédition contre la Grèce. Le Templier Roger, qui dirige ce corps expéditionnaire, s’empare d’Athènes, s’avance vers l’Hellespont, ravage une partie de la Thrace.

Lors de l’expédition, les Templiers dédaignent les villes tombées en leur pouvoir; ils ne gardent pour eux que les richesses pillées. Richesses que, maladroitement, ils étaleront, tandis qu’on leur reprochera de n’avoir pas su garder la Terre Sainte, en insinuant qu’elle était devenue trop pauvre pour eux.

En 1306, à la demande du pape Clément V, qui a le projet de faire des Templiers une milice pontificale, le quartier général du Temple est transféré à Paris.

Cet Ordre du Temple, né de chevaliers partis du royaume de France, en y retournant, vient de signer sa condamnation. C’est le début de la fin.

C’est fini de la gloire de l’Ordre, de l’épopée templière, et des exploits des chevaliers à la croix pattée dans les déserts de la Terre Sainte.

Philippe le Bel qui, depuis le palais du Louvre, a vue sur le donjon du Temple, prépare sa chute.

L’aboutissement de toutes les rancunes, préparé par les habiles légistes de Philippe Le Bel, entre autres les cyniques Pierre Dubois, Nogaret et Enguerrand de Marigny, se cristalliseront dans un ignoble procès contre l’Ordre, accusé d’avoir trahi la Chrétienté.

Face à ce genre de « juristes », même un diplomate avisé n’aurait pu sauver la « Milice du Temple ».

Le lundi 18 mars 1314, après avoir passé plusieurs années en prison et enduré les pires souffrances, Jacques de Molay et les dignitaires de « La Milice du Temple » entendent la sentence: « …prison perpétuelle pour tous… « . En présence de la foule, deux se rétractèrent : « Tout ce que nous avons dit est faux. L’Ordre est innocent ».

Le soir même, Jacques de Molay mourut sur le bûcher de l’île aux Juifs accompagné par Guy Dauphin d’Auvergne, Précepteur en Aquitaine, et non pas par Geoffroy de Charnay, Maître de Normandie, comme l’a dit Dupuis et repris depuis par tous les historiens.

Retenons simplement son ultime message qu’il adressa au monde lorsque les flammes le dévoraient :

« L’ORDRE EST PUR, L’ORDRE EST SAINT »

                                               Blason de Jacques de MOLAY
 molay
Écartelé au 1er et au 4ème de la croix de « La Milice du Temple », au 2ème et au 3ème d’azur, à la bande d’or, qui sont les armes de la Maison de Longwy et de Raon.