La symbolique Templière

ABACUS

  • L »Abacus » du Maître :

Le Maître du Temple possédait un emblème particulier appelé « Abacus ».

Son étymologie est incertaine. Certains auteurs lui donnent comme origine le terme grec abax, tablette, désignant un objet assurant le lien entre deux éléments d’un même ensemble; d’autres le disent issu du verbe latin abactio, action de chasser, d’éloigner. Dans ce dernier cas, « l’Abacus » serait un objet à valeur nettement magique.

C’était le bâton de commandement du Grand Maître de « La Milice du Temple », à la fois bâton de commandement spirituel et temporel, semblable à la crosse pastorale d’un abbé ou d’un évêque.

« L’Abacus » offre plusieurs niveaux d’interprétation.

Bâton de commandement :

Il est le signe de l’autorité légitime confiée au chef élu d’un groupe. Ayant reçu une délégation, le Maître possède l’autorité spirituelle et le pouvoir temporel.

Canne pastorale :

Il est la houlette du bon pasteur qui ouvre la voie au  » troupeau  » et ramène les égarés dans le droit chemin.

La Règle prescrit que, devant ce symbole, tous les Templiers doivent se tenir à trois pas et s’incliner, et qu’ils ne doivent jamais le toucher. Son origine, que des auteurs peu sérieux avancent être pythagoricienne, est en fait indo-européenne et païenne. Il s’apparente au sceptre, bâton ou canne que les rois, prêtres, juges et chefs militaires de l’Antiquité portaient comme symbole de leur autorité et de leur puissance.

Les textes nous le décrivent comme un long bâton, en bois d’olivier.

Il était d’une longueur d’une toise (1,949 mètres), sur celui-ci était gravé différentes mesures tel que: la palme, l’empan, le pied et la coudée sur l’autre partie des progressions liées à phi. Il y avait à son extrémité une plaque métallique ronde, gravée de la croix pattée de l’Ordre entourée d’un cercle.

Nous possédons une seule représentation de cet objet sur la pierre tombale de Gérard de Villers, créateur et précepteur de la Préceptorerie belge de Villiers.

  • « L’Abacus » du frère infirmier dit également « Baguette du Thérapeute » :

Cet « Abacus » servait pour l’être humain et s’appelait « Baguette du Thérapeute ».

Cette baguette, en argent massif, de la longueur de la coudée royale égyptienne (0,5236 Mètre) était incrustée de sept pierres semi-précieuses en forme de cabochon (rubis, cornaline, citrine, émeraude, saphir, turquoise, améthyste). Ces pierres étaient accordées sur les couleurs des Chakras permettant de traiter chaque zone du corps en diapason pour guérir sur le plan physique et/ou en concentration pour traiter les plans subtils. Il y avait à une extrémité un tétraèdre en cristal de roche et de l’autre côté une sphère également en cristal de roche cerclée d’un anneau d’or et surmontée d’une croix grecque tridimensionnelle.

La croix qui domine l’anneau est le symbole des 4 éléments dominant notre terre.

Il est possible également que ces sept cabochons représentent les degrés d’initiation de la réalisation spirituelle. Dans ce dernier cas également, « l’Abacus » serait un objet à valeur nettement magique et initiatique.

ABRAXA

Formule magique et sacrée, Abraxas est, dans la Gnose grecque, le nom du dieu de l’année. Son origine est issue des sept premières lettres du nom de Dieu en hébreu, et fait référence aux sept planètes, aux sept archanges, aux sept péchés, aux sept jours, etc.

Décomposées selon le système grec de numérotation, puis additionnées, les sept lettres du terme donne le nombre du cycle annuel, soit 365.

Il est donc le symbole de la totalité de la Création, du cosmos et de la Connaissance (gnosis).

Selon saint Jérôme, Abraxas correspondrait au nombre mystique et caché de Mithra, dont la somme des lettres, en grec (MEIOPAE), donne aussi 365.

Les Abraxas se présentent sous la forme d’intailles (pierres fines gravées en creux) ou de gemmes soit montées en bague, portée par les chrétiens gnostiques, puis par les maîtres du Temple qui l’utilisaient souvent comme contre-sceau, soit utilisées en sceaux. Ces pierres précieuses remontent au II siècle apr. J.-C., à une époque où vécut le célèbre philosophe gnostique Basilide d’Alexandrie dont la doctrine tenta de synthétiser les courants chrétien, égyptien, mithriaque, grec et celte; certaines données de cette doctrine se retrouvant dans celle du Temple.

Ce dernier utilisa les Abraxas dès la période de Hugues de Payns, lequel en hérita de la famille des comtes de Champagne qui en réactiva l’usage. Car l’emploi de l’Abraxas ne fut nullement l’apanage des seuls Templiers. Son utilisation fut constante durant tout le Moyen Age et répandue au sein des corporations, notamment celles des maîtres maçons et des tailleurs de pierres, de la bourgeoisie et de la noblesse.

Abraxas Panthée

La figure centrale en est un être composite réunissant un buste et des membres supérieurs d’homme, le buste vêtu d’une cuirasse à l’antique, les bras étant nus. La tête est celle d’un coq, bec droit ou levé vers le ciel, tournée vers la droite ou vers la gauche. Les membres inférieurs sont constitués de deux serpents recourbés vers le haut. Le monstre tient deux objets, une rondache dans la dextre et un fouet ou flagellum dans la sénestre, parfois remplacé par un bâton. Cette curieuse figure cumule plusieurs symboles de nature « mythicodivine » dont la valeur initiatique ne pouvait pas échapper aux Templiers.

D’abord les deux symboles complémentaires que sont le coq, qui remplace en l’occurrence l’aigle, et le serpent.

Le coq est le symbole de la sagesse et de la vigilance. Par son chant, il chasse les ténèbres et permet au soleil de se lever et de briller. Il incarne l’Initié qui renaît après la mort initiatique de la nuit à la lumière d’une vie nouvelle et purifiée de toutes les souillures.

Le serpent est le symbole de l’incarnation des forces telluriques et chthoniennes. Il symbolise ici l’énergie tellurique nécessaire au processus de renaissance, de vie nouvelle sublimée par la Connaissance que procure le Bien, les têtes de serpents regardant vers le ciel, l’univers de l’Esprit parfait. Par ses mues périodiques, le serpent est le signe du perpétuel mouvement originel et de l’éternelle succession des cycles.

La cuirasse à l’antique indique la nécessité de lutter pour acquérir la Connaissance et la Sagesse qui ne sont jamais données mais conquises.

La rondache, qui porte souvent les lettres grecques I A W, iota, alpha, oméga, est le signe de la protection de l’Initié dans sa quête de la Connaissance et de la Sagesse, et le fouet ou le bâton est celui du pouvoir.

L’Abraxas Panthée utilisé par le Temple, généralement presque exclusivement par le Maître et les hauts dignitaires, est souvent accompagné par les trois lettres grecques, qui sont alors placées non sur le bouclier mais sur le champ du sceau, et de sept étoiles figurant les sept lettres du terme Abraxas.

L’inscription qui y est gravée est toujours la même : SECRETVM : TEMPLI

Inscription qui, pour certains, se passe de commentaire.

LE BEAUCEANT OU GONFANON BEAUCENT

Le gonfanonier :

Dans la hiérarchie templière, plusieurs personnages ont le privilège de porter l’étendard de l’Ordre.

Mais c’est un frère sergent qui a le poste très important de gonfanonier. Il a la charge du gonfanon baucéant (confanon baussant) qu’il porte ou fait porter.

Gonfanon vient de guntfano qui signifie : étendard ou bannière de guerre suspendue à une lance.

Baucéant (beaucens, beaucéant) s’applique plus particulièrement aux Templiers et signifie : mi-parti de noir et de blanc.

Le gonfanon baussant, noir et blanc, fut l’étendard de « La Milice du Temple ». (1245)

Le baucéant ou « gonfanon baucent » était la bannière, véritable palladium, de « La Milice du Temple ». En temps de paix, il était gardé en la maison du Maître. En temps de guerre, il était toujours emmené en expédition, mais devait se tenir auprès du « hault seigneur ayant fonction et honneur de Maître », comme le précise la Règle.

Lors d’une halte au cours de laquelle on dresse le campement, le baucéant devait figurer auprès de la tente ronde du maître, s’il n’est « en icelle tente ».

La Règle précise encore que la bannière est portée par le maître (ce qui devait être rarement le cas, compte tenu de ses fonctions de commandement) ou par le maréchal ou son assistant et gardé par des frères-chevaliers qui doivent l’entourer « le mieux qu’ils pourront » ; un frère-chevalier ne devant « laisser le gonfanon pour aucune raison », ce qui exposerait ce chevalier à une punition sévère. Ce n’est que lorsque le dernier étendard aura « tourné à déconfiture » qu’il pourra lui-même s’enfuir et se réfugier « là où Dieu le conseillera ».

Cinq différentes formes de Gonfanon-baucent

Le mot « gonfanon » vient du francique gundfano, « drapeau de guerre » dans son acception la plus ancienne, du début du Temple, le gonfanon désigne alors tout enseigne de guerre, avec ou sans queue. Dans cette optique, la bannière rectangulaire, celle du maître, serait un « gonfanon baucent », autrement dit « l’enseigne de guerre blanche et noire ».

Cette pluralité d’étendards semble confirmée par des chroniqueurs du temps, à commencer par Guillaume de Tyr qui parle de « mult baucents ornant les remparts de Jérusalem », de Jacques de Vitry et de Joinville qui mentionnent clairement le gonfanon baucent du Maître et le baucéant adorné de la croix vermeille des chevaliers. Rappelons aussi la phrase citée plus haut qui fait défense au frère d’abandonner le gonfanon avant que le DERNIER étendard – ce qui laisse entendre qu’il y en avait plusieurs – aura « tourné à déconfiture ».

Nous pensons que le gonfanon baucent rectangulaire mentionné dans la Règle, sur lequel aurait été brodée la devise de l’Ordre, devait être à la fois l’enseigne collective de l’Ordre et la marque du Maître, tandis que le simple baucéant plus haut que large devait être arboré par les frères chevaliers.

La Flamme Baussanne

Quant aux « flammes baussannes » dont parle la Chronica Italiana (XIIIe siècle), elles étaient portées sur le haut des lances des sergents et des turcopoles, ce que confirme Guillaume de Tyr.

En revanche, on rencontre, dans quelques manuscrits des XIIe et XIIIe siècles, des Templiers chargeant à cheval dont la lance est ornée d’une longue flamme ou penon à trois queues, entièrement blanc et pourvu d’une croix pattée ou potencée de gueules.

Le symbolisme du baucéant est déterminé par ses deux éléments majeurs: sa hampe et son étoffe, et ses deux couleurs.

D’origine sacerdotale et magique, l’étendard est d’abord le « Dieu en action », vivant et agissant au sein de la création. Doué de mobilité, il est associé à l’élément air et aux phases de l’inspir et de l’expir. De ce fait, il chasse les démons et permet à Dieu d’agir effectivement. Il est signe d’appartenance à un groupe auquel il assure la protection spirituelle et magique, et lui permet d’établir un lien entre le Ciel et la Terre, jouant le rôle « d’axe du monde », d’axis mundi, captant les énergies divines afin de les transmettre à la création manifestée. Aussi, il devient le signe de commandement donné par « mandat céleste », donc légitime, qui conduit à la victoire et permet de détruire les forces négatives. C’est pour cela que, de tout temps, perdre un drapeau ou le laisser tomber entre les mains de l’ennemi était ressenti comme un déshonneur et le coupable, sévèrement puni.

LES COULEURS

La Milice du Temple utilisa essentiellement trois couleurs que sont le sable, l’argent et le gueules.

Elle utilisa également le brun pour les habits.

Le noir ou de sable :

Froid, le sable (le noir) est la contre-couleur à valeur absolue. Il indique les ténèbres originelles, la passivité, le renoncement et la perte définitive sans retour dans le Néant ou le Vide.

Couleur chthonienne, le sable (la Substance et le Soi universel) est la matera prima, la terre fertile, qui contient la virginité primordiale, la vie latente, porteuse des germes d’une future création.

II est donc potentiellement lié à l’idée de fertilité – le « Si le grain ne meurt » de l’Évangile, à l’instar des Déesses Mères et dont la Vierge Marie perpétua le symbolisme.

On sait que les Templiers vouaient un culte particulier à Notre-Dame et aux Vierges noires, matière première, centre originel de la non-manifestation et de l’indifférenciation, qui enfanta, tout en demeurant pure, le Verbe incarné, synthèse du Ciel et de la Terre par ses deux natures divine et humaine (le sable et l’argent du baucéant).

Le sable est assimilé à l’axe nord-sud qui est celui des mutations et de la transcendance.

L’Europe chrétienne a fait du sable le symbole de la mort physique et du séjour chez les morts, mais avec promesse de renaissance conduisant au royaume de Dieu, ainsi que celui de la mort initiatique à laquelle l’adepte ou le novice doit se soumettre afin de dépouiller le « vieil homme » pour acquérir la nature de l' »homme nouveau » par sa remontée vers la lumière (l’argent).

En terme alchimique, nous avons le passage de l’oeuvre au noir (nigredo), le principe humide des noirceurs de l’abîme, à l’oeuvre au blanc (albedo), le principe sec et igné, faisant éclore la Rose d’Or. Un tel rite était connu des Templiers, comme en témoignent les auteurs des XIIe et XIIIe siècles et les procès-verbaux des procès.

Le novice, précise la Règle, doit être reçu en un lieu silencieux et sombre (chapelle peu éclairée, salle sombre, salle souterraine). Bien souvent, le rituel de réception d’un novice commençait la nuit pour se terminer au petit matin.

A la suite de quoi le novice recevait la lumière de son nouvel état matérialisé par le manteau blanc et par l’aube naissante.

Ainsi, naquit la rumeur de pratiques impies et diaboliques.

Le blanc ou d’argent :

Également contre-couleur à valeur absolue, l’argent (le blanc) est la couleur de la mort.

Étape transitoire se situant à la limite du visible et de l’invisible, impliquant un nouveau départ, réel ou initiatique. Il se place sur l’axe est-ouest, celui des départs et des changements.

Le blanc est, de ce fait, le symbole du futur initié, du candidat (candidus), le blanc du novice. Le futur Templier « mourait » et « renaissait » (cf. supra), en revêtant le manteau immaculé propre à son degré de perfection qui, au Moyen Âge, s’incarnait dans la noblesse, état de la perfection totale.

De ce fait, seuls les frères-chevaliers, tous nobles et véritables combattants de l’Ordre, pouvaient se couvrir de ce manteau, symbole de la caste sacerdotale et signe du guerrier chargé d’une mission particulière, frappé de la croix de sang, signe de leur fonction et de la perfection atteinte, par la grâce de Dieu, dans la différenciation et le « recentrage » de son être.

Nous retrouvons le processus alchimique décrit ci-dessus. Le Templier recevait l’Illumination, sorte de second baptême propre à la nature de l’Ordre.

Rappelons les paroles du Pseudo-Denys parlant du nouveau chrétien revêtant des vêtements d’une blancheur éclatante, car « échappant par une ferme et divine constance aux attaques des passions et aspirant avec ardeur à l’unité, ce qu’il y avait de déréglé entre dans l’Ordre, ce qu’il y avait de défectueux s’embellit et il resplendit de toute la lumière d’une pure et sainte vie » (œuvres complètes

Initiateur, diurne et positif, l’argent est le symbole de la grâce, de l’intelligence – notamment de l’intelligence divine, de la révélation et de la transfiguration, d’où son association fréquente avec le soleil et l’or, signes de l’absolue perfection et du triomphe, sur le plan chrétien, du règne sur la terre de cet être situé au-delà de toute perfection, Dieu.

Le rouge ou de gueule :

Le gueules. Couleur du feu et du sang, le rouge symbolise les principes de vie, de force et de puissance incitant à l’action, d’où son assignation à la fonction guerrière.

Couleur propitiatoire, protégeant des dangers et des maléfices, ainsi que celle de la noblesse et de l’empire – d’abord de l’empire sur ses propres passions et désirs -, le rouge est la promesse d’une nouvelle vie par le sacrifice.

S’adressant aux Templiers, saint Bernard n’a-t-il pas écrit : « Que cette croix vermeille, teinte du sang que notre Seigneur a répandu pour nous, soit le- signe pour vous du commencement d’une vie nouvelle dont l’accomplissement, heureux mortels ! Soit dans le martyre pour l’honneur de notre Seigneur Jésus-Christ et Notre-Dame » (Oeuvres complètes) ?

Le rouge est aussi une couleur sacrée dévolue à l’homme spirituel ayant pénétré la Connaissance et la Sagesse divines. Elle est l’amour du prochain et, surtout, celui de Dieu, comme le précise la devise du Temple :

« Non pour nous, Seigneur, non pour nous, mais pour la Gloire de Ton Nom »

C’est la couleur également de la fertilité, tant matérielle que spirituelle, selon la parabole médiévale des « épis de blé rouges qui croissent entre les mains de Dieu » (Guillaume de Nevers, XIIIème siècle), et de la mort, mais d’une mort joyeuse et voulue pour l’amour et la gloire de Dieu, mort par le martyre ou le combat qui donne accès à l’immortalité.

Peu utilisé par les Templiers, le rouge était la couleur de leur fameuse croix, qu’ils portaient au niveau du coeur (sur le manteau) et sur la poitrine (sur la cotte d’armes).

Or, la couleur et l’emplacement de cette croix ne sont pas indifférents. Outre ce que nous venons de dire, remarquons que cette couleur est le signe du feu central, alimenté par l’amour divin, par lequel l’homme matériel se transforme en homme spirituel ou homme universel, dont l’athanor est le coeur, la « caverne du coeur », le centre de l’homme identifié au centre de l’univers où brille la lumière de l’Esprit et, finalement, où se produit la totale identification, la « fusion », par la grâce divine, de l’homme et de la divinité.

Une irradiation calorique se réalise alors en l’homme parfait qui le fait accéder à un plan transcendant qui échappe à la nature conditionnée de l’homme ordinaire.

La croix de la cotte d’armes est placée, significativement, sur le plexus solaire, lieu géométrique où se concentre et se dilate à la fois la lumière et la force de l’homme.

Son influx est donc directement issu du cœur.

Le brun :

Son symbolisme est assez proche de celui du noir, dont il fut souvent un substitut. Il est la couleur de la glèbe et de la terre, voire de la dégradation et de la pourriture de la matière organique, mais dont la force potentielle permet à la végétation de croître et de se développer.

Le brun est la marque de la pauvreté et de l’humilité (humus= terre). D’où son utilisation, au sein du Temple, par les seuls servants non combattants et les frères-sergents, éléments placés le plus bas dans la hiérarchie templière, l’humus du Temple.

LES CROIX

Les différentes formes de croix :

Introduite en 1147, la croix de gueules ou « croix de vermeille » selon une expression médiévale, devint vite le signe exclusif du Temple, à tel point que les chroniqueurs la qualifient toujours de « Croix du Temple »,  » Croix des Templiers  » ou encore « Croix de la Milice du Temple » (Jacques de Vitry), sans toujours préciser sa couleur, ce qui laisse supposer que ses formes et couleurs étaient connues de tous. Reste à savoir la forme exacte de cette croix.

Toutes les Croix utilisées par « La Milice du Temple »

Les auteurs « ès Templiers » en discutent encore.

Les uns tiennent pour une croix pattée, alésée ou non, si oui, était-elle pattée à angle droit ou en arrondi plus ou moins prononcé ?

Les autres soutiennent que cette croix était droite ou croix grecque, à quatre branches égales.

D’autres encore supposent une croix pattée à huit pointes ou croix aux huit béatitudes, à l’instar de celle de l’Ordre des Hospitaliers.

Croix droite ou grecque

En fait, si l’on se reporte aux sources (fresques, objets divers, sceaux, bornes, sculptures, etc.), on ne peut que constater l’existence d’une infinité de formes cruciales, parmi lesquelles il est possible de déterminer deux catégories de croix :

– Celle du manteau et des vêtements, qui était relativement homogène.

– Celle des objets, des sceaux, des calvaires, etc., qui était de forme beaucoup plus variée.

Croix pattée

 

La croix du manteau semble avoir été de deux formes :

– La forme primordiale semble être la croix grecque, selon Guillaume de Tyr qui précise que le Maître « porte une croix de vermeille droite sur le sein », que certains auteurs modernes disent, sans preuve, avoir été portée exclusivement par les hauts dignitaires et (ou) initiés du « Temple secret ».

Croix pattée à huit pointes rentrées

– Le second type était patté, au pattement plus ou moins accentué et aux extrémités coupées nettes. Un chroniqueur arabe, Ibn Rachid Nazr, parlant de Guillaume de Sonnac, note « la terrible croix de sang aux côtés rentrés et aux bouts plats », description d’une croix pattée aux extrémités droites.

En revanche, et contrairement à ce qu’avancent sans preuve certains auteurs modernes, le manteau du Maître n’a jamais porté la croix patriarcale, ni la croix solaire, non plus que les croix fichées ou fleuronnées.

Signalons également que la croix latine ne se rencontre jamais. La croix d' »objets », au sens large du terme, est en revanche de plusieurs types. Notons d’abord ceux des sceaux.

Croix tréflée

Nous possédons la représentation d’une telle croix sur le gisant de Renier de Villers, commandeur de Villiers et de Hesbaye, en Belgique.

Croix grecque aux bouts aigus

Les croix les plus fréquentes sont pattées de types minces ou épais – qui n’avaient d’ailleurs aucune signification particulière, aux angles pattés et liés en abîme (Hugues de Rochefort, précepteur de Valence), potencée (Armand d’Anthien, précepteur de Montélimar), fine aux bouts pattés aigus (Bernard de Montllor, commandeur d’Alfambra, en Espagne), tréflée (contre-sceau rond d’une maison de Paris), patriarcale (prieuré de Saint-Victor-lès-Valence), cette forme de croix semblant, d’ailleurs, avoir été réservée aux chapelains de l’Ordre, plusieurs exemples de croix pattée au pied fiché (maître du Poitou, Foulques de Saint-Michel, frère Amblard, etc.), ce type de croix fut spécifique à cette province, ancrée (commanderie de Saint-Gilbert).

Croix aux bouts pattée liée en abîme

Beaucoup de ces formes cruciales signalaient une fonction précise exercée par la personne qui faisait usage du sceau portant cette croix (maîtres de province, prieurs et chapelain, etc.).

Croix aux bouts pattés

Sur les objets, c’est la croix pattée qui domine, alors que les quelques fresques qui subsistent montrent soit la croix pattée aux bouts arrondis (église San Benignate), soit la croix mince aux extrémités pattées (chapelle de Cressac).

Croix pattée au pied fiché

Les croix, gravées ou sculptées en pierre, érigées par les Templiers (croix de ville, de Préceptorerie, de carrefours, de domaine utilisée comme borne de propriété, etc.) privilégient la croix plus ou moins pattée aux bouts souvent arrondis et parfois enfermée dans un cercle (Gisors, Plégues, etc.) ou dont les branches excèdent un cercle plein (La Hoguette, croix-colonne de Sarry, etc.).

Croix pattée cerclé

Ce type de croix fut vite qualifié par des auteurs de « croix solaire » ou « roue solaire », ou encore de « croix celtique ». A quelques exceptions près (croix de manteau et croix de fonction), il est certain que la forme de croix était laissée à la discrétion des dignitaires et commandeurs.

Croix fleuronnées liée et évidée en abîme

Au-delà de sa forme, il semble que l’important ait été la forme cruciale elle-même et le symbole qu’elle représentait. Symbole universel et préchrétien, la croix est un symbole totalisant et intégrateur, mesurant l’espace et le temps, et synthétisant tous les éléments du monde sensible.

Croix pattée huit pointes arrondies

À la fois réceptrice et émettrice, la croix, agissant sur l’essence de l’existence, unit en son point central tous les antagonismes et les complémentaires, non pour les annuler ou les détruire, mais pour les harmoniser afin de leur donner force et puissance qui agira sur l' »homme nouveau et universel » qu’était le Templier, dont l’archétype était le maître, « coeur » et réceptacle des pouvoirs, puissances et connaissance de l’Ordre.

Croix pattée au centre évidé

Le point central signifierait « l’abîme ». C’est le lieu de rencontre avec les branches qui se situent hors du temps. C’est le « point de paix », le centre immobile et harmonique, il est le naos dont l’accès n’est possible que par la Sagesse et la Connaissance. Il est la reconstitution de l’androgynat primordial dont le thème a fait partie de la doctrine du Temple.

CRYPTAGE ET HONOGRAMMES

A

F

L

Q

V

B

G

M

R

X

C

H

N

S

Y

D

I

O

T

W

E

K

P

U

Z

L’alphabet Templier dériverait de la « Croix des huit Béatitudes » que les chevaliers portaient en bijou.

Certains de ces signes figurent sur la règle officielle du Temple qui est conservée à Rome, Dijon, et Paris.

LES MANTEAUX

Traditionnellement, le manteau ou la cape est le signe de la royauté à la fois spirituelle et matérielle. Dans la tradition celtique, où le Temple empruntait tant grâce à saint Bernard, il possède aussi cette dimension, à laquelle s’ajoute le pouvoir d’invisibilité, comme le montre le récit de la Serglige Con Culaind ou Maladie de Cuchulainn. C’est encore le manteau d’invisibilité, la « tarkappe » du héros germanique Siegfried. Mais, le manteau est également le symbole des métamorphoses, réelles ou symbolico-initiatiques, qui marquent la rupture, à la suite d’une initiation, avec le monde profane. Ainsi, le religieux, après avoir prononcé ses trois voeux et pris l’habit, se couvre de la cape, symbolisant de ce fait le retrait en soi-même et en Dieu, la rupture avec le monde et le renoncement à ses tentations et à ses passions. L’homme ancien se « métamorphose » en un « homme nouveau » ayant acquis de nouveaux pouvoirs. De ce fait, il est aussi le symbole de l’identification que l’homme mantelé assume désormais une dignité et une fonction prises. Ces divers aspects sont évidents au sein du Temple.

Le manteau blanc des frères-chevaliers vers 1150 Le manteau blanc des frères-chevaliers à la fin du XIII siècle

Les manteaux templiers possèdent une couleur particulière en fonction de la place et de la dignité que son porteur occupe dans la hiérarchie du Temple:

Le manteau est blanc pour les frères-chevaliers, noir ou brun pour les écuyers, les frères-sergents et les non-combattants.

Sur ces manteaux est apposée la croix de gueules. Nous avons là le résumé des trois couleurs symbolisant les trois fonctions indo-européennes: la fonction spirituelle, la fonction guerrière et la fonction productive.

Selon Suger, le Moyen Age traduisant par oratores, bellatores et labomtores, ceux qui prient, ceux qui se battent et ceux qui travaillent.

Ainsi, l’ouvrage de deux repose sur l’office d’un seul.

Le manteau noir ou brun pour les écuyers vers 1150 Le manteau noir ou brun pour les écuyers à la du fin du XII ème siècle

Le manteau noir ou brun pour les écuyers, sur lequel est apposé la croix de gueules.

Le manteau noir ou brun pour les frères-sergents Le manteau noir ou brun pour les frères-sergents

vers 1150 à la fin du XIIème siècle

Ces trois fonctions se rencontrent intégralement au sein du Temple, avec toutefois une ambiguïté certaine dans la mise en pratique et la répartition des fonctions. En fait, cette ambiguïté tient au chevauchement ou à l’interpénétration des tâches dans l’Ordre: les frères-chevaliers, tous nobles, à la fois religieux et guerriers (manteau blanc et croix rouge), alors que les écuyers et les frères-sergents, roturiers, sont à la fois producteurs, assumant des tâches manuelles, et guerriers (manteau noir ou brun et croix rouge).

Le manteau noir ou brun des non-combattants

Seuls les travailleurs roturiers non-combattants ou les donats, sorte de tiers-ordre, assument l’intégralité des tâches de la troisième fonction (manteau noir ou brun sans croix).

LES SCEAUX TEMPLIERS

D’après Paul de Saint Hilaire

MOTIFS

DATE

SYMBOLES

SYMBOLES

SYMBOLES

Dôme du rocher

1147 – 1286

Agnus Dei

1160 – 1304

Équestre à deux cavaliers

1167 – 1298

Temple de Paris

1171 – 1269

Croix pattée ou tréflée

1204 – 1308

Aigle

1204 – 1300

Intailles et Abraxas

1210 – 1290

Équestre simple

1232 – 1255

Tête humaine

1237 – 1304

Écu à la croix pattée

1251 – 1302

Tour ou château

1290 – 1308

Statistiques et analyse :

3 matrices en plomb ont été retrouvées.

79 empreintes de sceaux ont été relevées de la manière suivante :

  • – 68 sont rondes.

  • – 6 sont ovales.

  • – 3 sont en amandes.

  • – 2 sont scutiformes.

Ces empreintes en cire se répartissent de la façon suivante :

  • 43% sont de couleur naturelle ou jaune.

  • 28% sont de couleur verte.

  • 16% sont de couleur brune.

  • 10% sont de couleur noire.

  • 2% sont de couleur rouge.

La fréquence, des figures sigillaires les plus utilisés dans « La Milice du Temple », est répartie comme suit :

MOTIFS

Empreintes

Flans

Agnus Dei

17

8

Équestre à 2 cavaliers

11

9

Temple de Paris

9

4

Croix pattée ou tréflée

8

8

Tour ou château

7

7

Tête humaine

7

6

6Dôme du rocher

7

5

Intailles et Abraxas

7

54

Écu à la croix pattée

7

4

Lion ou Léopard

6

4

Aigle

5

4

Équestre simple

4

3

Animaux fabuleux

3

3

Triade

1

1

Où sont conservés les sceaux templiers ?

Allemagne : 7

Magdebourg

Staatsarchiv

1

Münich

Bayerischen Hauptstaatsarchiv

2

Wolfenbuttel

Niedersachischen Staatsarchiv

4

Espagne : 9

Barcelone

Archives catalanes

5

Madrid

Archives nationales

1

Salamanque Archives de la Cathédrale

1

Saragosse Archives d’Aragon

1

Téruel

Archives des Racioneros

1

États-unis d’Amérique : 1

San Marino Musée Huntington

1

France : 55

Auxerre Archives départementales de l’Yonne

1

Caen Archives départementales du Calvados

2

Dijon

Archives municipales

1

Epinal

Archives départementales des Vosges

1

Laon Archives de l’Hôtel-Dieu

1

La Rochelle Archives départementales de la Charente-Maritime

2

Lille Archives départementales du Nord

4

Marseille Archives départementales des Bouches du Rhône

10

Nancy Archives départementales de Meurthe-et-Moselle

2

Nantes Archives départementales de la Loire-Atlantique

1

Paris Archives Nationales

24

Paris Bibliothèque Nationale

3

Poitiers Archives départementales de la Vienne

1

Poitiers Bibliothèque municipale

1

Rodez Archives départementales de l’Aveyron

1

Grande-Bretagne : 10

Londres

British Museum

10

Italie : 2

Gènes Archives Notariales Privées

2