ORGANISATION HIÉRARCHIQUE

Le Grand-Maître :

Vingt-deux articles des retraits de la règle sont consacrés au Maître de l’Ordre. (articles 77 à 98). Il résidait obligatoirement à Jérusalem en Terre Sainte car ce lieu était la raison d’être de la Milice du Temple et en fut la capitale jusqu’en 1187 (chute de Jérusalem).

 Il est la figure de proue de « La Milice du Temple », mais il ne peut rien faire seul car son rôle ainsi que son pouvoir sont relativement restreints. Son rôle était principalement « représentatif » lors des manifestations et visites officielles. Il se contente de signer les documents (armistice, etc.) qui lui sont soumis par le chapitre général. Il devait demander l’accord du chapitre général pour nommer les commandeurs, accepter un nouveau frère ou disposer des biens de l’Ordre. C’est au cours des réunions du chapitre général que le Maître et les membres du chapitre décident de tout ce qui concerne « La Milice du Temple ». Toute décision doit être approuvée par l’ensemble du conseil.

Il est élu par un conseil, composé de treize frères (8 chevaliers, 4 sergents et un frère chapelain) décrit en détail dans vingt-cinq articles des retraits (articles 198 à 223). Les membres de ce conseil sont désignés par l’ensemble des dignitaires et des commandeurs de Terre Sainte à la mort du précédent Maître.

Par contre, il était le seul à décider de l’engagement de l’Ordre dans une bataille et se trouvait accompagné de deux frères-chevaliers qui lui servaient de conseillers et qui le suivaient dans tous ses déplacements.
Il était fourni au Maître quatre montures dont un turcoman. Le turcoman est un destrier ou cheval de guerre spécialement entraîné pour porter un cavalier en armure avec ses équipements en situation de conflit et rompu à la charge au galop lors de batailles. Il est le plus coûteux et le plus réputé des chevaux de l’époque.
On trouvait à son service :
• 1 frère-chapelain
• 1 clerc avec trois montures
• 1 frère-sergent avec deux montures
• 1 valet avec une monture (il portait l’écu du maître et sa lance.)
• 1 maréchal-ferrant
• 1 écrivain sarrasin avec un cheval, c’est-à-dire un secrétaire arabe qui servait également d’interprète
• 1 turcopole (soldat arabe)
• 1 queux (cuisinier)
• 2 palefreniers dont un s’occupait uniquement du cheval de bataille du maître

Il était toujours escorté par un frère chevalier comme conseiller qui avait avec lui trois chevaux et le gonfanonier ou gonfalonier avec un cheval.
Toute cette maison suivait le maître en tout lieu et en tout temps.
En campagne, le maître logeait dans une tente ronde, rappelant la chapelle du Saint Sépulcre.

Le Sénéchal :

Il est le deuxième dignitaire le plus important dans « La Milice du Temple ». Les retraits de la Règle lui consacrent deux articles (articles 99 et 100).

Son rôle se joue essentiellement dans l’ombre du Maître et sa fonction principale est de le remplacer lorsque celui-ci est absent car « en tous lieux où la maître est absent, tous les équipages des terres et des maisons et toutes les maisons et les viandes (nourritures) sont au commandement du sénéchal ».

L’Ordre lui fournissait :
• 4 chevaux dont un palefroi.
• 2 écuyers
• 1 frère chevalier pour « compagnon », (conseiller) avec trois chevaux
• 1 frère sergent avec deux chevaux
• 1 diacre-écrivain (secrétaire et prêtre)
• 1 turcopole (soldat arabe)
• 1 écrivain sarrasin avec un cheval (secrétaire et traducteur arabe)
• 2 palefreniers
Tout comme le maître, il devait avoir un compagnon de rang qui le suivait et le conseillait.
Lorsque le maître était absent, il pouvait sceller les papiers officiels et missives avec un sceau identique à celui du maître. C’était aussi lui qui avait la responsabilité du gonfanon.

Il servait de Lieutenant général dans toutes les cérémonies courantes et, assistait aux réunions auxquelles n’était pas convié le Grand Maître. Il était, dans ce cas, le véritable Maître occulte du Temple.

L’office de sénéchal disparaît à la fin du XIIème siècle, substituée par celle de grand commandeur, qui est toujours le deuxième personnage de l’ordre et qui semble avoir absorbé également la fonction de commandeur de la terre d’Orient à la fin du XIIIème siècle selon Alain Demurger. La dernière mention connue d’un sénéchal de l’ordre du Temple date de septembre 1195.

Le grand Commandeur :

La perte de Jérusalem en 1187 provoque à court terme la disparition du Sénéchal et le grand commandeur devient alors le deuxième dignitaire dans la hiérarchie de l’Ordre du Temple.

Cependant, ce titre existait déjà aux alentours de 1179/81 et est mentionné dans la règle du Temple sous la forme « grant Comandeor dou royaume de Jérusalem » dans un retrait qui concerne le commandeur de la cité de Jérusalem (article 123).

C’est lui qui pris la responsabilité du gonfanon.

Pour Alain Demurger, le grand commandeur est un dignitaire distinct du commandeur de la terre jusqu’à la fin du XIIIe siècle alors que pour Jochen Burgtorf il s’agit du même dignitaire. Lorsqu’un maître de l’ordre disparaissait, il y avait également un grand commandeur (de l’élection) chargé de convoquer le chapitre et d’organiser l’élection d’un nouveau maître. Il tenait lieu de maître en attendant. Le plus connu de ces « tenants lieu » (lieutenants) est Terricus en 1187 que certains historiens ont inclus à tort dans les Maîtres de la Milice du Temple.

Le Maréchal du Couvent du Temple :

On connaît ce grade grâce aux neuf articles des retraits qui lui sont consacrés (articles 101 à 109). Il est le chef des activités guerrières de « La Milice du Temple ». Il s’agit de l’autorité militaire suprême subordonnée aux décisions militaires du Maître.

En temps de paix comme en temps de guerre, il était responsable de la discipline et de l’entretien des armes.

Il veille aussi à ce que les frères de « La Milice du Temple » aient leur matériel de combat en bon état ainsi que leurs montures. Il répartissait les tâches de la journée et faisait l’appel des chevaliers lors des messes. En campagne, le maréchal dirigeait tous les hommes d’armes du Temple et « fournissait la pointe » pour la charge qu’il exécute en portant lui-même le gonfanon.
À la mort du maître de l’Ordre, c’est lui qui faisait annoncer la nouvelle dans toutes les commanderies et réunissait les dignitaires pour l’organisation de l’élection d’un nouveau maître.
L’Ordre lui fournissait :
• 4 chevaux dont un turcoman pour les batailles.
• 2 écuyers.
• 1 frère-sergent monté.
• 1 turcopole également monté.

Il avait sous ses ordres les Maréchaux de provinces et, dans les cérémonies courantes pouvait, en leur absence, remplacer le Grand Maître ou le Sénéchal. Il est aussi responsable de la garde du gonfanon baussant.

Le Commandeur de la terre de Jérusalem et du Royaume :

Il est le quatrième personnage en ordre d’importance dans « La Milice du Temple » car il en est le trésorier. Selon le chapitre 111 de la Règle de « La Milice du Temple » : « Le Commandeur de la terre de Jérusalem est trésorier du couvent et tous les avoirs de la maison de quelque endroit qu’ils soient apportés ou d’en deçà des mers ou d’en delà de la mer, ils doivent être rendus et baillés entre la main du commandeur de la terre, et il doit les mettre au trésor et il ne doit rien toucher, ni remuer tant que le maître ne les a vus et comptés ».

C’est lui qui gère l’argent des Préceptoreries d’Europe et qui s’occupe des fournitures. Il avait la responsabilité de nommer les Précepteurs des Maisons et les commandeurs des chevaliers. C’est aussi lui qui est chargé de répartir les frères dans chaque maison de l’ordre. Il est secondé par le Drapier.

Le Commandeur de la terre de Tripoli et d’Antioche :

Ils sont les représentants du Maître dans ces provinces. Ils ont les mêmes droits et prérogatives que ce dernier, lorsque celui-ci n’est pas présent physiquement dans leur province. Tout comme le Maître, ils sont secondés par des chevaliers accompagnés de leurs écuyers, par un sergent avec ses hommes d’armes et d’un frère chapelain.

Le Commandeur de la Cité de Jérusalem :

Il est aussi le frère hospitalier de « La Milice du Temple ». Il a la responsabilité des Frères infirmiers et il s’occupe donc des malades et des blessés. En campagne, c’est à lui que revient la charge de faire garder la Vraie Croix.

Le Commandeur  ou Maître de la Voûte d’Acre :

Il est un trésorier particulier. C’est lui qui administre tous les biens de l’Ordre qui sont débarqués des bateaux à leur arrivée dans le port d’Acre.

Les Commandeurs des autres Provinces :

Ils ont le même statut que les frères précédents, à l’exception que leurs provinces ne sont pas des terres en « Guerre », ils n’ont donc pas de maréchaux pour les seconder.

Le Frère drapier :

Il est le responsable d’une partie de la logistique de tous les frères de « La Milice du Temple ». C’est à lui qu’incombe le devoir de fournir vêtements, pièces de literie, chaussures, etc… à tous les frères de « La Milice du Temple ». C’est aussi lui qui prend les habits séculiers d’un nouveau frère et qui prépare la robe et le manteau pour la cérémonie de prise d’habit.

Les Frères Chevaliers Précepteurs ou Commandeurs des Maisons :

Ils étaient simplement responsables de leur maison, c’est-à-dire de la Préceptorerie, de la forteresse, de la maison, etc. et de la gestion des biens. Ils devaient rendre compte en tout au Maître de la Terre de Jérusalem ou de la Province.

Le Commandeur des chevaliers :

Il y a plusieurs commandeurs des chevaliers. Ils sont en fait des lieutenants du Maréchal du Couvent. L’un d’entre eux, placé sous le commandement direct du Commandeur de la Cité de Jérusalem, commande aux chevaliers laïcs qui servent à terme dans « La Milice du Temple ».

Les Frères chevaliers et frères sergents du couvent :

Le Turcopolier :

Responsable des écuyers, des sergents. Il commande aux turcopoles (troupes indigènes), c’est à dire des habitants de Terre Sainte qui s’engagent dans « La Milice du Temple ». Ils servent le plus souvent dans la cavalerie légère et comme éclaireurs.

Le Turcopolier commandait également les frères sergents lorsqu’ils étaient en campagne.

Le Sous Maréchal :

Comme son nom l’indique, il est sous le commandement du Maréchal du Couvent. C’est lui qui garde le Gonfanon plié jusqu’au début de la bataille. A ce moment, c’est le Maréchal qui s’en empare et qui le brandit. En dehors des campagnes, il commande aux Frères de Métier. Il est également l’armurier de « La Milice du Temple » et c’est lui qui fournit aux frères le menu matériel dont ils ont besoin.

Le Gonfanonier :

A la création de la « Milice du Temple », il est sous la responsabilité du Sénéchal.  A partir de 1187, il passe sous les ordres du Grand Commandeur. Le gonfanonier est le porteur du gonfanon qui est en fait la bannière ou l’étendard de l’Ordre. Cet étendard est constitué d’une étoffe quadrangulaire ou terminé par des pointes. Il était attaché à la hampe ou au manche en bois d’une arme hast (hallebarde, lance, pique, vouge, etc.) et pouvait y être enroulé. On disait, fermer le gonfanon, pour l’attacher autour de ce manche. En campagne, il gardait toujours un gonfanon de réserve roulé autour de sa lance.

C’est lui qui commande aux écuyers.
Il est chargé également de la discipline et des subsistances.

Les Frères sergents commandeurs :

Un Frère servant devenait responsable d’une Maison du Temple ou Préceptorerie et prenait le titre de Précepteur ou de frère sergent Commandeur pour ses qualités de gestionnaire.

Les Frères clavaires :

Dans toute maison du Temple, il y avait un « frater claviger » qui détenait les clés de la maison et de la chapelle.

Les Frères servants :

Les Frères servants qualifiaient ceux qui entraient dans l’Ordre du Temple sans faire preuve de noblesse et qui étaient donc d’un rang inférieur aux autres chevaliers. Ces Frères sont chargés de différentes fonctions. En service externe, ils sont laboureurs, meuniers, bergers, pâtres, charpentiers (gadrigarius), charretiers (carragarius), vignerons ou vendent les vins de la maison (frater venditor vinorum). En service interne, ils ont des fonctions de portiers, cuisiniers, tailleurs. Ils se dévouent à ses frères pour veiller à leur bien-être quotidien. D’autres parfois voyagent pour la maison « viator domus » ou pour la Province dont dépend la maison »tanquam messagerius ordinis » et vont même outre-mer.

Le Frère casalier :

Le frère casalier était choisi parmi les frères servants pour leurs bonnes connaissances des chevaux et leur aptitude à être d’habiles marchands. Parfois, le Maître d’une maison nommait un frère servant incapable de combattre en raison de son âge ou d’une infirmité acquise au combat. Il avait pour mission d’acheter des poulains, des chevaux de bât, des mulets de bât ou de trait et des ânes. Il avait droit à un écuyer comme le Maître d’une maison et d’une ou plusieurs bêtes de somme avec sa ventrière composée de deux paniers pour transporter les denrées et d’une selle pour le cavalier.

Le Frère infirmier (frater infirmerii) :

Dans chaque maison importante il y avait une infirmerie et parfois certaines préceptoreries de moins grande importance en possédaient une. Dans la Préceptorerie même ou sur les terres lui appartenant, il y avait soit un hôpital, soit une maladrerie, soit une léproserie au service des membres de la maison ou de la population des villages qui dépendaient de la Préceptorerie.

Le Frère chapelain :

Il ne fut pas immédiatement réservé au seul service du Temple. Dans beaucoup de maisons d’Occident, le chapelain avait la charge de la paroisse voisine de la maison et dans ce cas-là il était dit « Presbyter curatus ». Dans les maisons importantes, il avait aussi le nom de Prieur.

Les sœurs du Temple :

Pratiquement aucun historien ne nous parle de l’adhésion de femmes dans la Milice du Temple Pourtant, il y a quelques exemples de réception de membres féminins au sein de l’Ordre du Temple. En effet, nous avons par exemple un acte de donation où il fait mention qu’Ermengarde revient le 11 août 1198 sous le qualificatif de “preceptrix” ou Précepteur au féminin, de la maison du Temple de Rourell, maison-fille de Barbera, elle est réceptrice d’une donation au nom de l’ordre de la part de Bérengario Duran. Cet exemple montre deux choses : d’une part une femme mariée (mais il semble qu’à cette date Ermengarde soit veuve) est devenue membre de l’Ordre du Temple en tant que sœur à part entière et que d’autre part elle a exercé des fonctions de commandement dans une maison qui abritait des sœurs et des frères.

Les donats :

Ce sont des laïcs qui font don de leur personne avec leurs biens ou une partie de leurs biens pour une maison de l’Ordre du Temple. Ils font le vœu d’obédience au Précepteur de cette Préceptorerie. Ils ne prononcent pas de vœux définitifs, mais expriment l’intention de servir l’Ordre du Temple soit pour une période donnée ou soit à vie. Certains de ces donats entreront ultérieurement et définitivement dans l’Ordre du Temple.

Chevalier de  » La Milice du Temple »
(détail de la fresque de la chapelle Templière de Cressac)